
Ce lundi matin, Loïk Le Priol a livré devant la cour d’assises sa version de la nuit du 19 mars 2022. De la bagarre au Mabillon aux six coups de feu qui ont coûté la vie à Federico Martin Aramburu, l’accusé a décrit un engrenage, assumé certains de ses choix et évoqué un « réflexe militaire ».
Pour la dernière semaine du procès, les accusés devaient donner leur version des faits. Le Priol a ouvert le bal, dans une audition très attendue. À la barre, l’ancien commando s’est exprimé clairement, multipliant les marques d’autocritique face au président Franck Zientara, au point parfois d’en faire trop rapport Midi Olympique.
« Ce procès est une vraie psychanalyse »
Dès le préambule, l’accusé a revendiqué un recul sur lui-même. Extrait : «
Ce procès est une vraie psychanalyse. Ce n’est pas rien d’avoir enlevé un père à ses enfants, un époux, un fils. On porte ça. »
Il a ensuite évoqué son rapport à la violence et aux armes. Extrait :
« J’ai peut-être un rapport particulier à la violence. Il m’arrivait de sortir armé. Mon rapport aux armes était totalement décomplexé parce que, jusqu’aux faits de mars 2022, je ne côtoyais que des anciens militaires ou policiers qui, eux aussi, ne lâchaient jamais leur arme. J’étais matrixé. »
Le Gud, les vidéos et le téléphone
Interrogé sur ses liens avec le Gud, Le Priol parle d’un « engagement de circonstance ».
Il le justifie par son jeune âge. Extrait :
« J’avais 16 ans et je ne comprenais rien. J’avais des copains et je les ai suivis parce que j’avais l’impression de faire partie d’un truc. J’étais perdu, l’armée m’a sauvé. »
Une vidéo le montre dans un stand de tir en compagnie de Romain Bouvier et Antony Sorrentino, sur fond de rap.
L’accusé a lui-même tranché. Extrait :
« C’est de la virilité toxique, monsieur le président. C’en est même ridicule : du gros rap en fond sonore, la chanson Tripoli de Kaaris, il y a tout, quoi. »
Une autre image, retrouvée dans son téléphone, s’est révélée plus embarrassante encore : un montage représentant Marine Le Pen, accompagné d’une pancarte portant un message injurieux et raciste à l’encontre des musulmans.
Au Bizetro, une soirée qui bascule
Avant le Mabillon, Le Priol dînait au Bizetro avec Romain Bouvier et un ami policier.
Il décrit une ambiance d’abord détendue. Extrait :
« On prenait un dernier verre avant de rentrer. On était dans une bonne ambiance, on rigolait. M. Hegarty et M. Aramburu arrivent. On sympathise. Il y a eu des échanges pendant trente minutes entre nos deux tables. »
Selon lui, tout dérape lorsque Jérémy Lambert, un avocat assis à une table voisine, tente d’aborder insistamment Lyson Rochemir. Le Priol affirme lui avoir demandé à plusieurs reprises d’arrêter, avant que Shaun Hegarty ne l’invective à son tour.
L’accusé reconnaît une réaction d’orgueil. Extrait :
« Je suis blessé dans mon ego, humilié devant ma copine et je réagis. Je m’approche de Shaun Hegarty et lui tapote la joue. » Federico Martin Aramburu intervient alors en le tirant par la capuche. Le Priol raconte : « Je crie : « Pourquoi tu fais ça ? Pourquoi tu fais ça ? » Je n’ai pas compris. »
« Je joue au coq »
La bagarre éclate. L’accusé assure avoir eu le dessous. Extrait :
« Les deux rugbymen sont face à moi, je ne fais pas le poids. Je me fais éclater, clairement. Je suis en difficulté mais je ne sors jamais mon arme. » Lorsque les deux hommes s’éloignent, il décide pourtant de les suivre.« Je veux avoir une explication, quitte à ce qu’elle soit physique. Je suis bourré, en mode bagarre et je prends la décision de poursuivre les rugbymen. Je joue au coq. Je ne veux pas perdre. C’est risible, certes. Mais ce n’est pas une volonté d’homicide. »
Les coups de feu
Le récit change de nature lorsqu’il entend les premières détonations, attribuées à Romain Bouvier.
Le Priol décrit un basculement. Extrait :
« Là, tout bascule. Ce n’est plus une simple altercation de bistrot. Je pense ma meuf et mon pote en danger. Je les rejoins pour les défendre, plus rien ne compte. C’est la limite entre le courage et la connerie. »
Il affirme avoir dépassé les deux rugbymen en les ignorant, avant de poursuivre vers le Mabillon. Selon sa version, Federico Martin Aramburu se serait alors jeté sur lui.
L’accusé évoque un geste réflexe. Extrait :
« Il y a un déferlement de coups. Je suis au bout de mes capacités, en claires difficultés. Si je sors mon flingue, dans un pur réflexe militaire, c’est parce que je suis en danger. J’appuie jusqu’à ce que ça s’arrête. J’essaie de dire la vérité mais à aucun moment je ne veux écorner la victime, qui n’est plus là pour s’expliquer, ou faire du mal à sa famille. Je ne peux rien lui reprocher : quand il se jette sur moi, il s’est déjà fait tirer dessus par M. Bouvier et je comprends qu’il ait peur. Mais moi, je ne demande rien sur ce coup. »
En fin d’audition, les images de vidéosurveillance du Mabillon ont de nouveau été projetées dans la salle Voltaire. On y voit des hommes rire, discuter et boire autour de deux tables.
Le Priol a désigné l’écran. Extrait :
« Regardez, on rigole. Tout se passe bien. C’est terrible de se dire que… Ce n’est qu’une bêtise, monsieur le président. Une énorme bêtise. »







