
Une étonnante affaire financière impliquant plusieurs personnalités du rugby sud-africain a indirectement placé l’AS Béziers Hérault au centre d’un projet qui n’a jamais abouti. Plusieurs anciens joueurs auraient versé d’importantes sommes d’argent dans l’espoir de participer au financement du rachat du club français. Cinq ans plus tard, certains affirment n’avoir toujours rien récupéré et une plainte pénale a été déposée en Pologne.
L’affaire, révélée par le média sud-africain Independent Online, concerne notamment Johan Roux, champion du monde 1995 avec les Springboks, et l’agent Anthony Johnson. Selon les éléments rapportés, leur projet consistait à obtenir un financement de 100 millions d’euros au nom de Global Sport Capital, société appartenant à Roux, avant d’acquérir Béziers. Le prêt n’aurait finalement jamais été accordé. L’ASBH, qui a depuis changé de propriétaire, n’est pas mise en cause dans cette affaire.
120 000 euros versés, pas un centime récupéré
Parmi les personnes ayant accepté de participer financièrement au projet figure un ancien talonneur des Sharks, dont l’identité n’a pas été révélée.
Installé en France à l’époque, il raconte avoir participé à une visioconférence en octobre 2021 avec Johan Roux et Anthony Johnson, qui était son agent depuis quinze ans.
L’ancien joueur affirme aujourd’hui avoir perdu 120 000 euros :
« C’est un putain de cirque ! »
Il raconte ensuite comment il a été convaincu de verser cette somme :
« Anthony m’a demandé de verser la somme, et Johan était derrière tout ça. Comme, cinq ans plus tard, je n’ai toujours pas reçu d’argent, mes avocats m’ont aidé à déposer une plainte pénale auprès de la police en Pologne. »
L’accord consulté par le média sud-africain prévoyait que l’opération soit conclue sous 30 jours. Dans le cas contraire, les 120 000 euros devaient être restitués au joueur, accompagnés de 80 000 euros d’intérêts, soit un rendement annoncé de 66 %.
Selon son témoignage, aucun remboursement n’a eu lieu.
Un deuxième joueur aurait connu une situation similaire, mais n’a pas souhaité témoigner publiquement afin de ne pas compromettre ses démarches pour récupérer son argent.
Un prêt de 100 millions d’euros qui n’est jamais arrivé
Les fonds versés par les investisseurs devaient notamment permettre de constituer une garantie nécessaire à l’obtention du financement beaucoup plus important destiné au projet de rachat.
Johan Roux avait ainsi expliqué le mécanisme envisagé :
« Pour obtenir un prêt, il faut une garantie, n’est-ce pas ? Cet argent a donc servi à constituer la garantie afin que nous puissions obtenir le prêt. »
Les deux joueurs cités dans l’enquête estiment cependant que le système revenait à « dépouiller Pierre pour habiller Paul », autrement dit utiliser l’argent d’une personne pour répondre à des obligations envers une autre.
Le financement de 100 millions d’euros espéré par Global Sport Capital n’aurait finalement jamais été obtenu.
Les versements auraient quant à eux été effectués au nom d’« EMB Antonio Pane ». Antonio Pane, ressortissant italien, se présentait comme le directeur général d’Eurokredit Merchant Bank, décrite aux investisseurs comme une banque d’affaires italienne et polonaise.
Une assurance d’un million d’euros qui pose question
L’enquête fait apparaître un autre élément particulièrement troublant.
Le contrat présenté à l’un des joueurs prévoyait une couverture d’au moins un million d’euros auprès d’une société appelée « Heuler Hermes ». Or, selon les vérifications rapportées, aucune entreprise correspondant à ce nom n’aurait été identifiée.
Johan Roux aurait également présenté des liens avec Eurokredit Merchant Bank avant d’indiquer par la suite qu’il n’en était « ni actionnaire ni dirigeant ».
La question de la circulation internationale des fonds apparaît également dans les enregistrements consultés par le média.
Interrogé sur les conséquences fiscales d’éventuels bénéfices réalisés en France, Roux aurait évoqué un passage par Chypre :
« Peu importe quel gouvernement vienne frapper à leur porte, ils n’ouvriront jamais l’historique des comptes. »
Roux affirme néanmoins ne pas avoir géré l’argent appartenant à d’autres personnes.
Un ancien entraîneur des Springboks également impliqué dans le projet
Rudy Joubert apparaît lui aussi dans le dossier. Ancien membre du staff des Springboks en 1995, il aurait notamment servi d’intermédiaire entre Anthony Johnson et Johan Roux.
Anthony Johnson explique avoir d’abord travaillé avec Joubert dans la recherche d’un club :
« Rudy m’a contacté pour trouver un club. Je n’ai rencontré que Roux plus tard. J’ai traité avec Rudy, nous avons rencontré des clubs. Nous avons eu des réunions avec des maires de villes et des présidents de club. »
Joubert affirme pour sa part s’être déplacé à Béziers à ses propres frais afin d’accompagner Johnson pour une rencontre avec le maire. Il aurait également été envisagé comme futur président du club.
L’ancienne direction biterroise assure cependant ne pas avoir eu de discussions avec ces personnes.
Rudy Joubert explique que sa réputation aurait rassuré certains investisseurs :
« Les joueurs qui se sont engagés financièrement l’ont fait car ils me connaissaient et savaient que j’avais la réputation d’être intègre. J’ai entraîné les Springboks, j’ai participé à trois Coupes du monde et j’ai dû tout recommencer à zéro, déménager dans une petite ville et j’ai vendu ma voiture. »
Johnson et Roux affirment avoir eux aussi perdu de l’argent
Au fil des années, différentes explications auraient été données concernant l’impossibilité de récupérer les fonds. En 2022, Antonio Pane aurait notamment évoqué la réticence de banques américaines en raison de la Russie, avant de mettre en cause une société new-yorkaise puis d’invoquer la guerre en Ukraine.
Anthony Johnson affirme désormais que cette affaire a transformé sa vie en cauchemar et assure travailler pour « redresser » la situation. Johan Roux indique de son côté que le dossier lui aurait coûté son mariage.
Les deux hommes soutiennent également avoir investi leur propre argent et chercher à le récupérer. Johnson aurait engagé 100 000 euros. Les fonds d’au moins un joueur auraient par ailleurs transité par le compte de l’une de ses sociétés. Roux n’aurait, lui, pas communiqué de justificatif permettant d’établir le montant qu’il affirme avoir personnellement versé.
À l’époque des faits, Béziers était sous contrôle municipal et sa vente était effectivement envisagée. En revanche, la responsabilité pénale des différentes personnes citées et l’existence d’une éventuelle escroquerie devront être établies par les autorités compétentes.







