
Le premier maillot rose du Stade Français n’avait rien d’un simple choix esthétique. Dans le podcast Rugby Confidential, Benjamin Kayser a raconté une anecdote savoureuse sur l’apparition de cette tunique devenue emblématique du club parisien. Et le choix de la porter pour la première fois à Aimé-Giral, face à l’USAP, était loin d’être anodin. Il s’agissait d’une véritable provocation dans l’une des enceintes les plus bouillantes du rugby français.
L’ancien talonneur international se souvient d’une époque où les déplacements à Perpignan étaient particulièrement redoutés. Entre hostilité des tribunes, tension sur le terrain et rivalités exacerbées, les rencontres à Aimé-Giral prenaient parfois une dimension bien différente des matches habituels de Top 14.
« Paris, Paris, on t’enc*le »
Benjamin Kayser garde un souvenir particulièrement marquant de l’ambiance qui régnait à Perpignan lors de cette rencontre.
Il raconte notamment les chants hostiles descendus des tribunes catalanes :
« A l’USAP, je me rappelle que c’était les premiers maillots roses du Stade Français et on entendant dans les tribunes « Paris, Paris, on t’encle ». C’est la seule ambiance foot que j’ai pu faire. »*
Une atmosphère qui avait profondément marqué l’ancien joueur parisien, même s’il reconnaît que certains comportements dépassaient les limites.
Il décrit une tension particulièrement impressionnante :
« C’était une tension qui dépassait l’entendement avec des débordements qui n’avaient pas lieu d’être et qui sont très peu rugby. »
Le Stade Français avait le choix entre deux maillots
Mais l’anecdote la plus étonnante concerne les coulisses de cette rencontre.
À l’époque, le Stade Français s’apprêtait à étrenner son célèbre maillot rose. Et les joueurs parisiens avaient eux-mêmes été invités à choisir leur tenue avant de défier l’USAP.
Benjamin Kayser raconte cette scène insolite dans le vestiaire :
« La première fois que le maillot rose a été utilisé au Stade Français, c’était à Aimé-Giral et ce n’était pas pour rien. Dans le vestiaire, ils avaient mis le maillot bleu à gauche et le maillot rose à droite et ils te disent : vous choisissez et ils se barrent. »
Le choix des joueurs ne s’était manifestement pas fait attendre.
L’ancien talonneur explique que cette décision représentait avant tout un défi lancé aux Catalans :
« Tu crois que ça a pris longtemps aux mecs pour aller récupérer les maillot roses ? Ce n’était pas une histoire de couleur ou de design, mais c’était pour dire à Perpignan : on va vous rotofiler et on va le faire avec des maillots roses. C’était le challenge. »
« Tu as l’impression que ce n’est plus le même sport du tout »
Avec le recul, Benjamin Kayser mesure à quel point le rugby professionnel a évolué depuis cette époque.
L’ancien international français conserve une certaine nostalgie de ces déplacements particulièrement intenses, où les équipes cherchaient à se mesurer dans les environnements les plus hostiles.
Il évoque cette évolution du rugby :
« Je suis un vieux dinosaure, c’était un autre rugby. Tu as l’impression que ce n’est plus le même sport du tout. »
Pour lui, les véritables défis se jouaient avant tout loin de ses bases :
« Mais cette adversité, cette adrénaline, ce challenge que l’on allait chercher, à cette époque, les vraies équipes et les vraies victoires, ce n’était pas les matches à domicile avec des équipes assez remaniées. C’était à l’extérieur que l’on se testait, à Brive, à Perpignan, à Bayonne. C’était particulièrement chaud. »
Malgré la rudesse des affrontements, Benjamin Kayser estime que ces rencontres possédaient une dimension particulière, entre rivalité intense et respect après le coup de sifflet final.
Il résume cette atmosphère si singulière :
« C’est rigolo car c’est un challenge qui reste beau et c’est unique au monde d’avoir presque cette haine contenue dans un rugby physique. Ca reste des histoires où tu te fais des câlins à la fin du match. Ce sont des gladiateurs et depuis les tribunes tu as envie que ça saigne. C’est ce qui a de plus beau. Et c’est impossible à arbitrer ! »







