Le consultant rugby de Midi Olympique, Richard Dourthe, s’est livré à une analyse lucide et passionnée après la victoire bonifiée des Bleus contre l’Italie, dimanche après-midi.
Avant de revenir sur la rencontre, Dourthe a exprimé sa profonde tristesse face au forfait de dernière minute de Matthieu Jalibert. « Avant de basculer vers ce France – Italie, je veux vous dire quelque chose : le forfait de Matthieu Jalibert m’a attristé. Pas simplement contrarié : réellement attristé. Parce que depuis deux matchs, il avait trouvé son tempo. Parce qu’il rayonnait. Il avait électrisé la ligne d’attaque tricolore, imposé son rythme, apporté du liant là où à l’automne, on cherchait des certitudes. »
Le consultant a salué la progression défensive du Bordelais, qui a su dépasser ses instincts naturels pour sécuriser son rôle avec autorité. « Lui m’a presque fait mentir, ces dernières semaines. Il a sécurisé sa zone avec autorité. Il s’est appliqué, engagé, exposé même. Il a prouvé que le courage défensif peut être une conquête. Même tardive. Et puis voilà. Un mollet qui tire, la mécanique qui grince, et la scoumoune qui s’invite à nouveau. « Rien d’alarmant », nous assure-t-on à Marcoussis : quelques jours au stand, pas plus. Peut-être. »
Mais Dourthe met en garde : « Un mollet, c’est sournois. Je parle en connaissance de cause : j’ai souvent traîné ce genre de blessure au fil de ma carrière. Un mollet, ça use. Ça vous laisse croire que tout va bien puis ça vous freine au moment précis où vous voulez accélérer. Or, il ne reste que quinze jours d’ici le déplacement à Murrayfield pour affronter l’Écosse. Quinze jours pour guérir, retrouver des appuis, reprendre confiance. C’est court. Très court avant un rendez-vous capital et pour lequel les Bleus auront besoin de leur meneur de jeu… »
Sur la performance globale des Bleus face à l’Italie, son avis est mitigé : « Le XV de France a passé trente points à la squadra et signé une troisième victoire consécutive. La sélection tricolore plane jusqu’ici sur le Tournoi et peut encore rêver d’un grand chelem. Mais à Lille, face à une défense italienne plus agressive que celle de l’Irlande ou du pays de Galles, nous avons peiné à construire notre jeu, à enchaîner les temps forts, à dérouler nos lancements comme nous savons le faire. On a laissé la possession aux Italiens, on a souffert plus que d’ordinaire en mêlée fermée et, sans un réalisme de champions, le XV de France aurait même pu se faire peur. »
Malgré ces réserves, Richard Dourthe a souhaité mettre en lumière les joueurs qui ont brillé sur la pelouse : « Je vais arrêter de jouer les bégueules et faire monter au tableau d’honneur les soldats que j’ai trouvés excellents. Manny Meafou, d’abord, dont le premier grand match en Bleu se faisait attendre et qui, cette fois, a répondu présent. Louis Bielle-Biarrey, encore lui, l’homme le plus rapide du circuit international, capable de transformer la moindre miette en occasion d’essai. Fabien Brau-Boirie, très intéressant au cœur du jeu, alors même qu’il découvrait ce niveau il y a à peine huit jours. »
Et pour conclure, il salue une fois de plus la prestation d’Antoine Dupont, véritable maître à jouer : « Que dire sans répéter ce que vous savez déjà ? Qu’écrire sans sombrer dans l’évidence ? Trois passes décisives, une défense de chien de chasse, un jeu au pied long et précis. J’ai joué avec quelques très grands demis de mêlée dans ma carrière. « Carbo », Galthié : ça envoyait déjà du très lourd. Mais au risque de froisser l’orgueil de mes vieux camarades de tranchée, Dupont est fait d’un autre bois. Unique. Intouchable. Presque parfait. »






