Alors que les Springboks s’apprêtent à entamer leur premier rassemblement de l’année au Cap, leur sélectionneur emblématique, Rassie Erasmus, a livré son analyse sur l’évolution du XV de France. Pour le double champion du monde, les Bleus ont franchi un cap physique majeur qui bouleverse les rapports de force à l’échelle mondiale.
**Un subtil équilibre entre « flair » et puissance brute**
Interrogé par *L’Équipe* sur la transformation du pack français, qui expérimente désormais plusieurs options en deuxième ligne, Erasmus ne cache pas son admiration pour la métamorphose physique orchestrée par Fabien Galthié.
« La limite entre le rugby physique et le rugby technique est de plus en plus fine de nos jours. Mais si l’on parle du poids du pack, de la taille des joueurs, d’intimidation, alors face aux Français on sait que ce sera un gros match. Je vais enfoncer une porte ouverte mais, avant, ils pouvaient nous battre grâce à leur flair. Si on jouait les Bleus ce samedi, je ne saurais dire s’ils tenteraient de contourner notre défense ou s’ils nous passeraient dessus. J’imagine que ça fait d’eux une bonne équipe », confie le stratège sud-africain.
**Le succès d’un modèle français performant**
Pour Erasmus, la domination actuelle des Bleus dans le Tournoi des Six Nations ne doit rien au hasard. Elle résulte avant tout d’un écosystème solide et dynamique.
« La France est vraiment bonne. Être compétitif (au niveau international), avoir un Championnat de haut niveau, remplir les stades… C’est probablement ça le succès du rugby français. Concernant les Six Nations, sa dimension traditionnelle rend le Tournoi tellement intense… C’est fantastique ! » souligne-t-il.
**Une convergence inattendue sur l’avenir des règles**
Au-delà du terrain, Erasmus révèle une proximité surprenante avec la vision française concernant les évolutions des règles. Alors que les instances du rugby se réunissaient à Londres pour discuter des ajustements, le sélectionneur sud-africain a validé la position défendue par la France.
« Cette édition était importante pour moi puisque l’on est à un an de la prochaine Coupe du monde (du 1er octobre au 13 novembre 2027 en Australie). Je ne fais pas partie des commissions et je n’ai pas encore reçu les conclusions des débats. En tout cas, je suis vraiment aligné sur la position des Français concernant la mêlée, les mauls, etc. Leur présentation m’a convaincu. Ce qui m’intéresse également, c’est le calendrier de mes joueurs. J’espère qu’un jour on pourra aligner le calendrier international pour que tout le monde joue au même moment », déclare Erasmus.
**L’Italie, une menace crédible**
Le technicien ne manque pas non plus d’évoquer la progression de l’Italie dans le Tournoi, et n’exclut pas une surprise lors de leur prochain choc contre l’Angleterre.
« Si l’Italie a tous ses joueurs disponibles, je ne serais pas surpris qu’elle gagne », assure-t-il.
Rassie Erasmus a aussi donné son ressenti global sur la qualité du Tournoi : « Je ne vais pas être 100 % honnête sur ce que je pense des équipes parce que ce serait mal interprété (il rit). Les gens veulent des scénarios inattendus où l’on ne sait pas qui va gagner. Où les outsiders battent les grosses équipes. Même si les équipes se battent les unes les autres, je pense que c’est un Tournoi de grande qualité. »
Il insiste également sur l’esprit combatif des Italiens : « Non. Mais, s’il vous plaît, n’en faites pas vos gros titres, ça ne serait pas sympa. Quand on joue contre les Italiens, on sait que l’on peut perdre si l’on n’est pas à notre meilleur niveau. Si l’Italie a tous ses joueurs disponibles, je ne serais pas surpris qu’elle gagne. Les joueurs croient en ce qu’ils font. Ils n’ont pas peur de mettre en place une rush defence. Le fait de savoir qu’ils peuvent gagner, ça les booste. Ils ont un super coach (Gonzalo Quesada) que tout le monde respecte. »
**Les All Blacks dans l’incertitude**
Enfin, Erasmus a évoqué la situation chez les All Blacks, toujours sans sélectionneur officiel.
« Je connais bien Scott. On a à peu près le même âge et on jouait au même moment au même poste. Je pense que quand on gagne sept fois le Super Rugby (en tant que coach des Crusaders), c’est très fort. Moi, je n’ai gagné la Currie Cup qu’une seule fois (comme entraîneur des Cheetahs. Deux, en réalité, si l’on compte celle partagée avec les Bulls en 2006). Scott a apporté beaucoup d’innovation dans le jeu des All Blacks. Le match contre les Barbarians en juin va être intense ! Concernant la Nouvelle-Zélande (que l’Afrique du Sud recevra quatre fois l’été prochain), ça affecte notre préparation de ne pas savoir qui va l’entraîner. On ne sait pas comment ils vont jouer », conclut-il.







