L’ancien ouvreur du XV de la Rose, Andy Goode, désormais consultant, a livré un jugement sans concession sur le tournoi des Six Nations raté de l’Angleterre et l’avenir du sélectionneur Steve Borthwick. Interviewé par RMC Sport à l’approche du Crunch tant attendu ce samedi au Stade de France, Goode n’a pas mâché ses mots.
« Non, pas du tout. Avant le tournoi, tout le monde pensait que ce dernier match allait être décisif pour le Grand Chelem entre la France et l’Angleterre. Mais finalement, ce tournoi a été incroyable. L’Angleterre a perdu contre l’Écosse, tout le monde a éliminé l’Irlande après le premier match, et ils sont finalement revenus. L’histoire du Tournoi a été l’opposé de ce à quoi les gens s’attendaient. Cela montre pourquoi c’est le meilleur tournoi international derrière la Coupe du monde. Et ça montre aussi à quel point on a aucune idée de ce qu’on raconte! (rires) »
Selon Goode, la défaite la plus lourde est celle infligée par l’Irlande (21-42), à Twickenham, un revers dur à encaisser devant ses supporters : « L’Irlande était la plus grosse. Elle était lourde (21-42) et a enlevé tout espoir, à Twickenham. Devant vos fans à la maison, vous ne voyez pas souvent les meilleurs joueurs s’écrouler de cette manière. »
Le consultant déplore également la pauvreté tactique du jeu anglais, « bloqué sur le jeu d’il y a trois ou quatre ans, avec des échanges au pied comme du tennis », en nette décalage avec les sélections comme la France, l’Écosse ou encore l’Irlande, qui ont évolué vers un rugby plus dynamique et inventif.
Pour lui, le plan de jeu imposé par Steve Borthwick n’est plus adapté : « Le jeu au pied a une utilité, mais pas la quantité excessive que nous faisons. […] Nous n’avons jamais eu de plan B. Donc quand ça ne marche pas pour vous, où allez-vous? Steve n’est pas un coach qui a un esprit d’attaquant, il ne l’a jamais été. » Il souligne aussi que le rugby a évolué très rapidement et que même l’Italie propose désormais une attaque « beaucoup plus cohérente et plus excitante » que l’Angleterre.
La pression est maximale sur le sélectionneur. « Le seul moyen pour qu’il garde son travail, c’est de gagner contre la France. » Sans victoire au Stade de France, selon Goode, Borthwick devra céder sa place : « Beaucoup de joueurs, d’anciens, de consultants ne voient pas de progrès, ce serait le pire Tournoi de notre histoire. […] Pour moi, si on ne gagne pas samedi, il doit partir, mais certaines personnes peuvent lui donner un peu plus de temps. Mais notre prochain match, c’est à Johannesburg contre l’Afrique du Sud cet été donc, ça sera pire. »
Le changement reste possible avant la Coupe du monde 2023, rappelle l’ancien international : « Steve Borthwick a pris le travail en décembre 2022, moins d’un an avant la Coupe du monde, et on est allés en demi-finale. La Nouvelle-Zélande vient de changer également, il y a des preuves que ça peut fonctionner. Mais je pense que la mentalité, l’état d’esprit du staff n’est juste pas assez bon et ils manquent d’expérience. »
Andy Goode a déjà une idée pour le remplacer : Michael Cheika, ancien coach international, actuellement sans club, qui bénéficie d’une forte expérience et « le respect des joueurs » : « C’est une excellente opportunité d’obtenir un homme avec une grande expérience, un brillant joueur, un brillant coach, pour nous guider. » Il évoque aussi Ronan O’Gara, actuellement à La Rochelle, qui ambitionne de prendre un poste au niveau international.
Enfin, le consultant ne cache pas son inquiétude sur certains cadres, à l’image de Maro Itoje, dont il critique la forme et le leadership : « Maro Itoje a joué plus de minutes au niveau international que n’importe qui. C’est un joueur exceptionnel, mais il est bien en dessous de son niveau de performance habituel et il y a des failles dans son leadership. […] On se demande si les joueurs ont la capacité de changer le plan de jeu ou si le plan de jeu est tellement forcé par les entraîneurs qu’ils ne savent pas comment le changer. »
Pour conclure, il prévient que la tâche sera ardue face à la France, surtout au Stade de France où l’Angleterre n’a plus gagné depuis 2016 : « Les Anglais ont en eux la capacité de faire une grosse performance, on ne l’a pas encore vu dans ce Tournoi. Mais malheureusement, ils vont à l’endroit le plus dur, ils n’y ont plus gagné depuis 2016. Pour gagner, ils auraient besoin d’un changement radical dans la tactique pour libérer leur potentiel. En Angleterre, on dit qu’ils jouent avec une camisole de force, ils ne peuvent même pas bouger les bras comme ils veulent. Ils doivent se libérer et ça ne pourra venir que du staff. »







