Le rugby géorgien en pleine tourmente : l’affaire Merab Sharikadze continue de faire des vagues. Ancien capitaine des Lelos et pilier de la sélection nationale, Merab Sharikadze voit sa carrière anéantie après son implication dans le plus grand scandale antidopage du rugby mondial.
Suspendu initialement six ans, l’ex-centre international a vu sa sanction portée à onze ans à la suite de son appel. Dans un entretien exclusif accordé au Daily Mail, le joueur âgé de 32 ans revient sur sa version des faits et les lourdes conséquences personnelles de cette affaire.
« Ma vie entière a été détruite », confie-t-il, évoquant notamment le décès de sa mère, profondément affectée par ce dossier. « Ma sœur a trouvé une lettre adressée à Dieu dans son sac deux mois après sa mort, disant : “Ramenez Merab sur le terrain comme capitaine.” »
L’enquête, baptisée “Operation Obsidian”, avait mis au jour un système organisé de substitution d’échantillons d’urine dans le rugby géorgien. Sharikadze reconnaît avoir fourni ses propres prélèvements afin d’aider certains coéquipiers à masquer l’usage de cannabis ou de tramadol lors des contrôles antidopage.
Exploitant la relative faiblesse des contrôles en stage par rapport aux jours de match, il explique : « L’agence antidopage prévenait le médecin qu’ils arrivaient afin que tout puisse être organisé rapidement. Quand les contrôles avaient lieu les jours de match, ils étaient stricts… Pendant les stages, ils étaient détendus. Une personne en qui j’avais énormément confiance m’a demandé de donner mon urine. »
« C’était stupide mais, à ce moment-là, je pensais que les garçons, mes amis, avaient des problèmes et que je devais les aider. C’était pour du cannabis. Je sais que ça existe. J’ai joué en Angleterre, j’ai joué en France et j’ai vu beaucoup de joueurs fumer du cannabis dans le rugby. »
Le Géorgien décrit la simplicité déconcertante des échanges : « J’étais simplement assis dans ma chambre, les garçons entraient, j’urinais dans leur petit flacon et ils repartaient avec. Cela s’est produit trois fois. C’était tellement facile que, dans ma tête, je n’avais pas l’impression de faire quelque chose d’aussi grave. »
Il rappelle aussi sa droiture : « J’étais la personne la plus clean du monde. Tout le monde savait que je n’avais jamais fumé une cigarette. Je ne bois pas d’alcool et je n’ai jamais fait quoi que ce soit qui représente une violation. C’est pour cette raison qu’on m’a demandé de le faire. »
Aujourd’hui, Merab Sharikadze assume pleinement sa faute mais déplore le poids de la sanction infligée : « Je n’ai pas réfléchi à ce que cela pouvait provoquer. Nous sommes des humains qui faisons des erreurs et j’ai fait cette erreur. Tout est sorti et je suis devenu la personne qui a reçu la plus grosse sanction. Je suis le personnage le plus mauvais et cruel de cette histoire. »
Il poursuit avec émotion : « J’ai fait une erreur et cela m’a détruit. Certaines personnes sur internet semblent heureuses que ma vie ait été détruite. Je n’ai tiré aucun bénéfice de cela. Personne ne m’a proposé d’argent. Je n’utilisais rien d’illégal qui allait me rendre plus fort. Si j’avais pris ce risque pour moi-même, j’aurais pu accepter les conséquences. Naïvement, je voulais juste aider mes amis. »
Le joueur révèle aussi avoir refusé de collaborer davantage avec les autorités antidopage, malgré la pression : « Ils ont dit que si j’espionnais d’autres joueurs alors ils me laisseraient libre. Je préférerais ne pas vivre. Je ne voulais pas détruire la vie des gens. »
Il exprime son incompréhension face à l’ampleur de la sanction : « À un moment, l’agence antidopage est devenue trop détendue. J’ai presque l’impression d’être une victime de cette situation stupide. C’était une décision terrible de ma part mais 11 ans… vous plaisantez ? Je n’ai jamais entendu parler d’une suspension aussi longue. »
Pour conclure, Sharikadze livre un témoignage poignant : « J’étais dans les meilleures années de ma carrière. Je me dirigeais vers la Coupe du monde 2027. Tout allait bien. J’ai fait appel et ils ont décidé que j’étais une figure criminelle et m’ont infligé 11 ans. Ma mère est morte à cause du stress. C’est facile de me critiquer sur les réseaux sociaux mais pour moi, c’est beaucoup plus profond. Son souhait était de sauver ma carrière. Même malade, elle s’inquiétait seulement pour mon rugby et ma suspension. Évidemment, je suis coupable. Mais pas au point de détruire toute ma vie et celle de ma famille. C’était stupide, je le sais, mais je ne pense pas être le personnage le plus maléfique de cette histoire. »
Ce drame personnel illustre la gravité des failles dans le rugby géorgien et ouvre un débat sur la gestion des contrôles antidopage dans le sport.







