Tout le monde voit le Stade Toulousain soulever ce samedi soir au Stade de France un quatrième Bouclier de Brennus consécutif. Pourtant, pour Marie-Alice Yahé, consultante pour Canal+, la finale de Top 14 est loin d’être un acte joué d’avance.
Dans une interview accordée à Midi Olympique, l’ancienne internationale française estime que Montpellier, adversaire des Rouge et Noir, possède les qualités pour déstabiliser les champions de France et refuse de réduire le MHR au statut de simple victime annoncée.
Cette affiche entre les deux premiers de la saison régulière promet selon elle une véritable opposition de styles, où Montpellier disposera de plusieurs arguments à faire valoir.
**Montpellier mérite pleinement sa place en finale**
Marie-Alice Yahé n’est pas surprise de retrouver Toulouse en finale, mais l’émergence de Montpellier ne la choque pas non plus. « Oui et non. (rires) D’un côté, le Stade toulousain a encore largement dominé les débats une grande partie de la saison. Ce sont des habitués. Avec leur défaite en quart de finale de Champions Cup, leur motivation a, en plus, été décuplée en championnat. Pour le MHR, c’est une autre histoire. De nombreuses équipes se tenaient dans un mouchoir de poche. Mais sur la dynamique et sur le niveau affiché depuis de longs mois, Montpellier mérite de voir le Stade de France. »
**Montpellier, un profil capable de faire déjouer Toulouse**
Alors que Toulouse est largement donné favori, la consultante pense que Montpellier est justement l’équipe capable de poser le plus de problèmes aux hommes de Ugo Mola. « Je ne sais pas s’ils arriveront à l’emporter, mais les Montpelliérains peuvent clairement contrer cette équipe toulousaine. C’est une certitude. Cette rencontre sera une opposition de styles pour plusieurs raisons, au niveau du jeu proposé par exemple. Joan Caudullo et son staff ont construit une équipe très intelligente. Le plan d’attaque peut changer suivant leur adversaire, leur défense également. Je pense qu’ils ont la capacité de perturber le jeu stadiste que certaines équipes n’ont pas su museler cette année. On l’a encore vu la semaine dernière lors des demies… »
**La bataille des rucks, un enjeu clé**
L’une des clés du match se jouera autour des zones de combat, où Montpellier aligne une troisième ligne redoutable : Bécognée, Nouchi, Vunipola. « Avec notamment une troisième ligne Bécognée-Nouchi-Vunipola, c’est en effet possible de pourrir les rucks adverses. On l’a vu lors de leur affrontement en début de saison, les Héraultais étaient parvenus à gagner la bataille du sol mais ils avaient également agressé les Toulousains en défense. Toulouse peut toujours s’en sortir, attention, mais si les attaquants n’arrivent pas à jouer debout, cela devient beaucoup plus compliqué. C’est normal. Sans sorties rapides et sans passes après-contact pour créer des décalages, tout devient difficile. C’est vrai pour toutes les équipes de la planète, donc ça l’est aussi pour eux. »
**Le jeu au pied, une autre arme montpelliéraine**
Montpellier pourra aussi compter sur son jeu au pied pour casser le rythme imposé par Toulouse. « Bien évidemment. Comme on le voit avec Tom Banks, les Montpelliérains sont très solides dans les duels aériens. Avec des coups de pied de pression bien tapés, ils pourront possiblement gagner du terrain sans trop dépenser d’énergie. C’est une des solutions pour mettre en danger leurs adversaires. Il y a tout de même un risque. Si vous rendez trop de ballons aux Toulousains, vous pouvez aussi le payer très cher. Je pense que, sur certaines actions, les botteurs héraultais enverront le ballon bien en tribunes pour reprendre sur une phase arrêtée. Étant très efficace sur le contre en touche, le MHR tentera de récupérer le ballon. Mais quoi qu’il arrive, ça coupera le rythme. Et ça ne fera pas de mal aux joueurs pour – un peu – se reposer et repartir au combat. »
**Une finale potentiellement spectaculaire**
Marie-Alice Yahé regrette que les qualités offensives Montpellier soient souvent éclipsées par la puissance de son pack. « J’aimerais bien ! Je la voudrais ouverte pour le spectacle et je pense que ce n’est pas qu’un rêve. Je trouve qu’on néglige souvent la qualité des trois-quarts du MHR. On parle de la domination du pack, et à raison, mais c’est très intéressant ce que proposent les Montpelliérains derrière. Durant leur demi-finale, ils n’ont pas hésité à écarter les ballons dans le premier acte. L’essai de Banks était d’ailleurs magnifique. Ils ont ensuite décidé de fermer un peu plus le jeu en seconde période. Je peux comprendre que ce n’était pas une merveilleuse publicité pour le rugby, mais cela prouve encore une fois la capacité d’adaptation de cette équipe. S’ils décident de fermer le jeu, il ne va pas falloir craquer assez rapidement. Dans ce cas, le match pourrait être spectaculaire, mais je ne suis pas certaines que ce soit une très bonne nouvelle pour les Héraultais. »
**Le quadruplé toulousain, une performance exceptionnelle**
Enfin, la consultante souligne la force mentale du Stade Toulousain, capable de se renouveler malgré un palmarès déjà impressionnant. « Je ne trouve pas qu’on le minimise en tout cas. On évoque ce potentiel quadruplé, qui serait tout simplement exceptionnel. Il faut vraiment féliciter le staff toulousain. Ils parviennent à garder leur équipe éveillée et affamée dès que la possibilité de gagner un titre se présente. Après leur défaite contre l’UBB en Champions Cup, ils ont dit : « On change tout. » Ils ont travaillé différemment pour donner un nouvel élan au groupe. C’est très fort de se remettre en question de cette manière. Bien évidemment qu’ils ont les meilleurs joueurs de la planète, mais ça ne suffit pas toujours. Le Racing 92 et Toulon n’ont pas empilé les Brennus durant les années 2010… La semaine dernière, à Marseille, Thomas Ramos disait avant le match que les Toulousains n’avaient « jamais autant travaillé » qu’entre le quart de Champions Cup et cette phase finale. Ça veut tout dire. Ils ont encore faim, ça se voit. »
Cette finale de Top 14 s’annonce donc bien plus ouverte et spectaculaire que beaucoup ne le prévoyaient, Montpellier promettant de faire trembler le Stade Toulousain dans leur quête d’un record historique.







