
Christophe Urios attaque sa quatrième saison à Clermont avec un discours particulièrement fort. Alors que son contrat et son avenir seront au cœur des discussions dans les prochains mois, le manager de l’ASM reconnaît que son projet avance moins rapidement qu’il ne l’espérait.
Interrogé par La Montagne sur son bonheur en Auvergne, il admet même avoir « connu mieux », tout en expliquant se nourrir des critiques dont il fait l’objet. Et concernant une éventuelle prolongation, rien n’est acquis : même une saison réussie ne garantirait pas qu’il reste.
Depuis son arrivée en janvier 2023, Urios attend toujours de ramener durablement Clermont parmi les toutes meilleures équipes françaises. Une lenteur qui l’agace d’autant plus qu’il avait connu des trajectoires beaucoup plus rapides dans ses précédents clubs.
« Cette année, j’ai décidé de ne pas ramer »
Le technicien refuse de parler de lassitude. Il reconnaît en revanche que la reconstruction clermontoise lui demande davantage de temps qu’il ne l’avait imaginé.
Urios compare sans détour la situation avec ses expériences précédentes et assume également sa part de responsabilité :
« Non, ce n’était pas de la lassitude. C’est juste que partout où je suis passé, très souvent les projets ont démarré très vite. Et là, ça rame. Même si on est en progrès, ça n’avance pas comme je voudrais. Je suis arrivé à Oyo, deux ans après on est en finale. A Castres, on est champion au bout de deux ans. A Bordeaux, si la saison va au bout, on peut être champion.
Ici, une fois on finit 8e, une autre 5e, celle d’après 7e… Il y a une progression, mais je la trouve lente. J’ai probablement fait des erreurs, que ce soit dans les prolongations, le recrutements, les positionnements… Cette année, j’ai décidé de ne pas ramer. J’ai envie d’être moi-même. »
Lorsqu’il lui est demandé s’il est aujourd’hui heureux à Clermont, sa réponse est loin d’être convenue.
Le manager clermontois lâche alors l’une des phrases les plus fortes de l’entretien :
« J’ai connu mieux. Mais vous savez, je me nourris de la haine des gens, ça me fait avancer. Ca ne me fait pas peur, ça me plaît même. Après, j’ai l’impression qu’ici il y a deux mondes : celui des gens que je croise dans la rue et celui des réseaux sociaux. Mais je suis bien à Clermont, même si le métier n’y est pas facile. Je vais attaquer ma quatrième année ici, mais dans ma tête, mon projet à un an de retard. »
Urios ne cherche toutefois pas d’excuse et refuse de promettre que cette nouvelle saison sera enfin celle du décollage.
À la question de savoir si « cette année, c’est la bonne », il répond simplement :
« On verra. La vérité, c’est le terrain. »
Même une réussite ne garantirait pas qu’Urios reste
Son avenir constitue justement l’un des dossiers majeurs de la saison. Jean-Claude Pats a indiqué que la situation devrait être clarifiée d’ici au mois de décembre.
Urios partage cette volonté de ne pas précipiter les choses. Surtout, il pose une distinction importante : de mauvais résultats entraîneraient son départ, mais de bons résultats ne signifieraient pas automatiquement une prolongation.
Le manager laisse donc toutes les possibilités ouvertes :
« Je suis complètement aligné avec ce qu’a dit le président. Aujourd’hui, je ne me projette pas. Ce qui m’intéresse, ce sont les prochains matchs. Si ça marche, ça ne veut pas dire que je resterai. En revanche, si ça ne marche pas, là je sais que je partirai. C’est la vie. A la fin de la saison, cela fera 4 ans et demi. C’est pas facile pour un entraîneur, 4 ans c’est beaucoup. Même si moi, dans mes précédentes expériences, j’ai toujours fait 4 ans ou presque. A “Oyo”, j’ai même fait 8 ans.
J’ai plus l’âme d’un bâtisseur que d’un mec qui fait des “one shot”. J’aime ce travail de fond, je trouve qu’il y a plein de choses qui ont été mises en place, que ce soit dans la relation avec la Yellow Army, l’ancrage au territoire, la remise en mouvement de la formation, l’éclosion des jeunes, les résultats, les victoires… Ce n’est pas suffisant encore, bien sûr, mais je suis aligné avec ma feuille de route. Et je la connais parfaitement, je suis à 100 % d’accord avec ça et je suis à fond là-dedans. Après, comme tous les entraîneurs, ce n’est pas le président qui te vire ou qui te vire pas, ce sont les résultats. Et ça, ça ne me fait pas peur. »
À 60 ans, un éventuel départ de Clermont ne signifierait d’ailleurs absolument pas la fin de sa carrière.
Sur ce point, Urios est catégorique :
« Il n’est pas question d’arrêter le rugby. Je ne me suis pas fixé de limite. Tant que j’aurai le feu sacré, je continuerai. Pour le moment, j’ai toujours envie d’être au centre du truc, d’avoir les mains dans le cambouis. »
Et ce feu, Urios estime toujours l’avoir. Il souhaite même renforcer sa proximité avec les jeunes leaders de son effectif et insiste sur un sentiment qui revient désormais régulièrement dans son discours : celui d’avoir retrouvé sa liberté.
Le manager explique ce qui continue à nourrir son envie d’entraîner :
« La passion de construire les choses, de créer. La relation avec les joueurs aussi. Et je trouve qu’elle est bonne aujourd’hui. Cette année, je veux avoir une relation plus forte encore avec mes leaders qui sont des jeunes mecs. Je le disais tout à l’heure, jusqu’à maintenant, je n’étais pas libre. Aujourd’hui, je me sens libre. Et je le dis au staff, je me sens libre et je veux être libre. Pas libre dans le sens, je me barre si je veux ou je reste, ce n’est pas ça. Mais dans ma tête, je me sens libre. »
La décision concernant son avenir attendra donc. Mais Urios a déjà fixé une règle très claire : si les résultats ne suivent pas, il sait qu’il quittera Clermont. S’ils suivent, la question de son départ restera malgré tout ouverte.







