
Quatre ans et demi après la mort de Federico Martin Aramburu, son ami Shaun Hegarty raconte la nuit durant laquelle une simple sortie à Paris a basculé dans l’horreur. Présent du début de l’altercation jusqu’aux tirs mortels, l’ancien Biarrot sera un témoin essentiel du procès qui s’ouvre ce lundi.
Le 19 mars 2022, les deux anciens partenaires du Biarritz Olympique se trouvaient dans la capitale pour leur entreprise d’événementiel sportif, Esprit Basque. Shaun Hegarty accompagnait des clients avant le match du Tournoi des Six Nations entre la France et l’Angleterre, tandis que Federico Aramburu négociait plusieurs contrats liés à la Coupe du monde 2023.
Une nuit de fête après une bonne nouvelle
Vers 2 h 30, Federico Aramburu appelle son associé. Plusieurs dossiers viennent d’aboutir et leur société va pouvoir proposer des séjours comprenant des places de match, des nuits d’hôtel et différentes activités.
Après les difficultés provoquées par la crise sanitaire, cette annonce représente un immense soulagement. Hegarty quitte alors ses clients pour retrouver son ami. Les deux hommes croisent plusieurs connaissances du rugby, passent notamment par le Pousse au Crime et poursuivent leur soirée dans plusieurs établissements de Saint-Germain-des-Prés.
Rattrapés par la faim, ils s’installent au Mabillon à 5 h 21 et commandent chacun un burger et une bière. À la table voisine se trouvent Loïk Le Priol, Romain Bouvier et Lyson Rochemir.
Les premiers échanges sont cordiaux. Une altercation éclate ensuite entre leurs voisins et les occupants d’une autre table. Aramburu et Hegarty interviennent pour leur demander de parler correctement aux personnes présentes.
Des claques puis une courte bagarre
La conversation se déplace sur les origines de chacun. Federico Aramburu indique qu’il est Argentin, tandis que Shaun Hegarty plaisante sur ses attaches basques, irlandaises et néo-zélandaises. L’un de leurs interlocuteurs répond qu’il est « d’ici » en désignant le sol.
Hegarty pense alors assister à un simple chambrage entre Paris et la province. Il expliquera avoir compris bien plus tard les convictions politiques des personnes présentes à la table voisine.
Loïk Le Priol se lève ensuite et donne plusieurs petites claques à l’ancien Biarrot. Le videur intervient et le calme semble revenir. Au moment de quitter les lieux, Federico Aramburu tire toutefois brutalement sur la capuche de Le Priol et le fait tomber de sa chaise.
Une bagarre d’une quinzaine de secondes éclate. Aramburu affronte Le Priol tandis que Hegarty se retrouve face à Bouvier. Le personnel du Mabillon sépare finalement les quatre hommes.
Blessés au visage, les deux anciens rugbymen s’éloignent. Federico Aramburu a la pommette gonflée et Shaun Hegarty souffre d’un œil.
Les deux amis pensent alors l’incident terminé et décident de rentrer :
« On est trop vieux pour ça. »
La Jeep réapparaît devant leur hôtel
Aramburu et Hegarty font une halte à l’hôtel Welcome afin de demander de la glace pour leurs ecchymoses. Lorsqu’ils ressortent, Shaun reconnaît la Jeep précédemment stationnée devant le Mabillon. Lyson Rochemir se trouve au volant et Romain Bouvier en descend.
Selon le récit de Shaun Hegarty, Bouvier échange quelques mots avec Aramburu avant de sortir un pistolet de collection de calibre 22 Short. Quatre coups sont tirés, dont deux atteignent l’Argentin au thorax et à la cuisse.
Sous le choc, Hegarty ne réalise pas immédiatement que l’arme et les munitions sont réelles. Il décrit un phénomène de dissociation et l’impression de vivre la scène au ralenti.
Bouvier s’éloigne alors. Loïk Le Priol arrive à pied et une nouvelle lutte débute avec Aramburu, déjà blessé. Celui-ci tombe au sol avant de se relever, puis chute une nouvelle fois.
Toujours selon le témoin, Le Priol sort à son tour un revolver de collection et tire à plusieurs reprises à très courte distance. L’ancien international argentin s’effondre contre une poubelle avant de tomber sur la chaussée.
Les derniers mots de Federico Aramburu
Shaun Hegarty reste dans un premier temps incapable de mesurer la gravité de la situation. C’est en voyant son ami cracher du sang que son cerveau, raconte-t-il, finit par « reconnecter » avec la réalité.
Federico Aramburu lui adresse alors ses derniers mots :
« Appelle la police, je vais mourir. »
L’ancien international argentin, âgé de 42 ans, meurt dans les bras de son ami sur le boulevard Saint-Germain. Le déroulement de cette nuit et les responsabilités de chacun seront examinés pendant trois semaines devant la cour d’assises de Paris. Le procès doit se poursuivre jusqu’au 25 septembre.
Loïk Le Priol comparaît pour assassinat et Romain Bouvier pour tentative d’assassinat. Lyson Rochemir est poursuivie pour complicité de tentative d’assassinat. Les accusés demeurent présumés innocents jusqu’au verdict.







