
Loïk Le Priol a longuement expliqué devant la cour d’assises de Paris les circonstances dans lesquelles il a ouvert le feu sur Federico Martin Aramburu le 19 mars 2022. Accusé d’assassinat, l’ancien militaire de 32 ans affirme avoir agi par « pur réflexe militaire » et « sans intention » de tuer l’ancien international argentin. Il soutient avoir réagi alors qu’il subissait ce qu’il décrit comme un « tabassage total ».
Federico Martin Aramburu, âgé de 42 ans, avait été abattu dans une rue de Paris après une altercation survenue quelques dizaines de minutes auparavant dans une brasserie du Quartier latin. Romain Bouvier, 35 ans, est également jugé et accusé de tentative d’assassinat. Les deux hommes contestent toute intention homicide.
« Ce n’est plus une altercation de bistrot »
Depuis le début des débats, Loïk Le Priol maintient sa version des événements. Il affirme avoir été victime de « provocations » de Shaun Hegarty, ami de Federico Martin Aramburu, puis d’une « agression » de l’ancien rugbyman.
Romain Bouvier avait été le premier à ouvrir le feu sur Aramburu boulevard Saint-Germain. Le Priol raconte avoir alors entendu les détonations avant de se mettre à courir.
L’ancien militaire décrit le moment où la situation aurait, selon lui, totalement changé de dimension :
« Là j’entends des détonations », raconte-t-il en claquant quatre fois des mains. « Ce n’est plus une altercation de bistrot », « ça me propulse ».
Le Priol affirme avoir sprinté pour retrouver Romain Bouvier et sa petite amie, et non dans l’objectif de poursuivre l’affrontement avec les rugbymen.
Il décrit alors son état physique et mental dans les secondes précédant les tirs :
Il « essaie de (se) ré-ancrer dans le réel », il est dans un « effet tunnel », a « le palpitant à 200 », du « sang dans la bouche ».
« Je me fais percuter sur la gauche »
C’est en courant que Loïk Le Priol affirme être de nouveau tombé sur Federico Martin Aramburu et les personnes qui l’accompagnaient.
Il soutient avoir immédiatement subi plusieurs coups et présente cette séquence comme l’élément déclencheur de l’utilisation de son arme.
L’accusé raconte précisément sa version de cette rencontre :
« Au moment où je les dépasse, je me fais percuter sur la gauche », il prend « un énorme coup dans le visage », puis, « dans la seconde qui suit », sent un autre coup à l’arrière du crâne, un « tabassage total ».
Le Priol affirme que son passé militaire aurait alors provoqué une réaction automatique.
Il assure avoir sorti son arme sans volonté de tuer :
Par « pur réflexe militaire, alors que je suis tenu par l’arrière », « je sors mon arme » et tire « jusqu’à ce que ça s’arrête ».
Interrogé sur ce qu’il entend précisément par cette dernière expression, l’accusé complète :
Le Priol affirme avoir voulu faire cesser ce qu’il décrit comme une agression :
« Jusqu’à ce que l’agression s’arrête. »
Dimitri Yachvili, Damien Traille et Imanol Harinordoquy, anciens partenaires de Federico Martin Aramburu à Biarritz, assistaient à cette séquence du procès.
Aramburu touché dans le dos : Le Priol donne son explication
Le président de la cour, Franck Zientara, a notamment confronté l’accusé au fait que Federico Martin Aramburu n’était pas armé et que les tirs mortels l’avaient atteint dans le dos.
Loïk Le Priol avance une explication liée aux mouvements qui auraient accompagné l’affrontement.
Interrogé sur la trajectoire des tirs, il répond :
« Je ne peux l’expliquer que dans l’effet rotatif » de la bagarre.
Au cours des débats, le président l’a également interrogé sur son rapport aux armes et à l’alcool. Le Priol n’a pas cherché à entrer frontalement en opposition avec le magistrat.
L’accusé a répondu à plusieurs reprises :
« Vous avez totalement raison, monsieur le président », « On est d’accord », « J’assume », « C’est clair… »
Des experts psychiatres entendus durant le procès ont pour leur part évoqué des « traits psychopathiques manifestes » chez Loïk Le Priol ainsi qu’une tendance à se présenter comme une victime et à fuir ses responsabilités. Il s’agit des conclusions exposées par ces experts devant la cour.
« C’est fou, c’est fou, c’est fou »
Loïk Le Priol est également revenu sur un élément qui, selon lui, illustre le caractère tragique de l’enchaînement des événements.
Il possédait des billets pour France – Angleterre. Federico Martin Aramburu devait lui aussi assister à la rencontre.
Le Priol imagine ce qui aurait pu se produire si leur confrontation n’avait jamais eu lieu :
Ils auraient pu se retrouver à « boire une bière » ensemble. « C’est fou, c’est fou, c’est fou », « une tragédie grecque », lâche-t-il devant la cour.
Son engagement dans l’ultradroite a également été abordé pendant les débats. Loïk Le Priol le minimise et nie être raciste.
Il a notamment été confronté à des contenus retrouvés dans son téléphone, parmi lesquels des photographies du « George Floyd Challenge », un défi consistant à reproduire les circonstances de la mort de George Floyd, ainsi qu’un photomontage de Marine Le Pen tenant une pancarte comportant une insulte raciste visant les musulmans.
Le Priol a expliqué qu’il appartenait à de nombreux groupes sur les réseaux sociaux et a contesté le fait que la présence de ces images dans son téléphone signifie qu’il en partageait le contenu.
Loïk Le Priol encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Le verdict est attendu vendredi.







