Le rugby français voit ses revenus exploser grâce aux droits télé, aux stades remplis et à l’engagement massif des partenaires. Une dynamique positive soulignée par Bruno Rolland, directeur général de l’USAP Perpignan, dans une interview accordée à Midi Olympique.
« Le rugby n’a jamais autant généré de revenus parce que les stades sont pleins, les partenaires sont présents et les audiences sont fortes, drainées par des joueurs de qualité. Il y a un vrai engouement autour du Top 14 et du Pro D2. Les budgets, les masses salariales et l’économie globale du rugby ne cessent de progresser. Pour autant, il y a encore des déficits importants », assure-t-il, mesurant l’ampleur des progrès mais rappelant la persistance des déséquilibres financiers.
Selon Rolland, « la masse salariale d’un club est le nerf de la guerre ». Elle constitue « l’essentiel des dépenses » et doit garantir la performance sportive. Pourtant, « l’équation n’est pas aussi simple », comme en témoigne la récente expérience de Perpignan, qui, malgré une hausse d’un million d’euros de ses salaires, fait face à des résultats mitigés. Il précise que la masse salariale est définie « à 95 % » bien avant le début de la saison, sur la base des recettes et des orientations prises par le club ou son actionnaire.
Tout au long de la saison, les clubs doivent procéder à des ajustements permanents pour optimiser leur budget salarial. Pour Perpignan, « les arbitrages sont permanents, d’autant plus pour un club comme le nôtre, très raisonnable dans sa gestion ». Bruno Rolland souligne le dilemme récurrent entre la taille de l’effectif et d’autres postes de dépenses, toujours dans l’objectif de « se donner le plus de moyens sportifs possibles tout en ménageant des budgets et continuer de se structurer et se développer ».
Il réagit aussi aux écarts de masse salariale dans le Top 14, notamment entre Perpignan et le Stade Toulousain, dont le budget dépasse de 5 millions d’euros celui de l’USAP. « Il y a des statistiques qui montrent que, sur des écarts de plus de 3 M€ de masse salariale, les pourcentages de victoire sont très réduits. Ces écarts sont significatifs mais des clubs comme Castres ou Bayonne ont performé l’année dernière avec des masses salariales aux alentours de 9,5 M€. Ce n’est donc pas une science exacte », explique-t-il. L’USAP ambitionne ainsi d’augmenter encore son budget, « en faisant passer l’enveloppe dédiée aux salaires au-dessus de 9 millions », grâce notamment à l’investissement de son président.
Gérer ce budget demande toutefois un travail colossal. « Pour un club comme le nôtre, qui tient à ne pas avoir de déficits abyssaux, ça demande un travail permanent de l’ensemble des acteurs. La clé étant de créer le plus d’engouement autour du club. C’est un effet miroir : la dynamique sportive permet d’avoir une dynamique économique et la dynamique économique permet de réinjecter dans le sportif pour continuer à progresser. Après, c’est une chose d’avoir ces millions, c’en est une autre de bien les dépenser », souligne le dirigeant.
Enfin, Bruno Rolland revient sur le système du salary cap, au cœur des débats dans le rugby français. « Même s’il est parfois critiqué, le salary cap amène une forme de régulation entre tous. On regrette un peu qu’il ait été réaugmenté parce que, pour un outsider du calibre de l’USAP, qui cherche à rattraper le retard, l’écart devient plus difficile à combler. Mais cela reste un moyen de réguler l’ensemble ». Il plaide néanmoins pour une évolution vers le fair-play financier, « une idée à laquelle je suis plutôt favorable. Ça changerait un peu le modèle dans le sens où on ne pourrait plus dépenser l’argent qu’on n’a pas ».
Le dirigeant met aussi en lumière la montée en puissance des staffs techniques et médicaux, essentiels pour atteindre la performance : « On voit effectivement que les staffs s’élargissent. De plus en plus, on a tendance à chercher la performance dans l’accompagnement qui peut être mis autour des joueurs : que ce soit la préparation physique, le médical, l’analyse vidéo, l’analyse de la performance, les datas… De notre côté, on essaye d’être dans l’efficacité et si possible pas dans le superflu. C’est quelque chose que l’on tient à structurer dans le temps. »
Ainsi, au cœur d’un rugby en pleine évolution, Perpignan illustre les défis financiers et sportifs qui attendent les clubs français, entre recherche d’efficacité, contraintes budgétaires et ambitions sportives.







