Pendant des années, la Section Paloise a regardé les phases finales du Top 14 de loin, enchaînant les promesses sans jamais franchir le cap. Ce temps est aujourd’hui révolu. Ce samedi, Pau retrouve enfin les barrages du championnat, un succès largement porté par Sébastien Piqueronies, arrivé en 2021 avec une mission claire : transformer durablement le club.
À son arrivée, le manager n’a pas caché son inquiétude face à l’état du club. Dans Sud-Ouest, il confiait : « Fin d’année 2021, souvenez-vous, je ne sais pas comment on s’en sort. On aurait très bien pu jouer l’access match face à Bayonne. » Son premier audit fut sans appel : « Je trouvais miraculeux qu’on soit encore en Top 14. La matière humaine, au niveau de la gouvernance, du staff ou de joueurs était là. Sinon, il n’y avait que des axes d’amélioration : infrastructures, méthodologie d’entraînement, cohérence de la politique sportive, recrutement ciblé… »
Rapidement, Piqueronies a imposé sa vision et insufflé une nouvelle dynamique à tous les niveaux du club. Thomas Domingo, entraîneur des avants, témoigne : « On l’a tous vu : depuis que Sébastien est arrivé dans l’environnement du club, les choses ont changé. »
Au fil des saisons, la Section Paloise a renforcé ses liens avec son territoire, forgeant une identité locale devenue une véritable force. Pour Piqueronies, cette proximité avec les supporters n’est pas due au hasard : « On est allés dans les Pyrénées, on met en valeur le drapeau en tribune, il y a cette arrivée à la béarnaise… Le club a semé les graines depuis un paquet d’années pour provoquer cette ferveur, cette fierté, ce sentiment d’appartenance. »
Sur le plan économique, le club a également fait un bond en avant, avec un budget passé de 17 millions d’euros lors du retour en Top 14 à plus de 30 millions aujourd’hui. Cette évolution permet de financer des projets ambitieux, comme le futur centre de performance : « Mais aussi de supporter les 11 millions d’euros d’emprunts sans rien demander aux collectivités », souligne le manager. Il n’oublie pas le rôle crucial des partenaires : « Il faut aussi féliciter la gouvernance, qui a su prolonger l’engagement de TotalEnergies jusqu’en 2032. »
Malgré ces progrès impressionnants, Piqueronies garde les pieds sur terre : « Mais je reste lucide. Au meilleur de notre forme, on ne sera toujours que le 10e budget du championnat. On ne se prend pas pour d’autres, on sait qu’il faudra surperformer pour être avec Toulouse à la fin. Après, ce n’est pas grave d’être moins riche que l’autre, de ne pas avoir Antoine Dupont. On est fiers d’optimiser avec ce qu’on a. »
Cette philosophie s’appuie aussi sur les années plus difficiles vécues par le club. Thomas Domingo se souvient : « On s’est aussi construits là-dessus, dans cette adversité, ces moments compliqués. On travaillait moins en équipes, avec moins de structures, aussi. Même s’il y avait des joueurs de qualité. »
Avant même l’arrivée de Piqueronies, la Section Paloise avait déjà marqué les esprits grâce au recrutement de stars néo-zélandaises telles que Conrad Smith, Colin Slade ou Ben Smith. « Les gens sont venus au stade pour voir ces joueurs », rappelle Thibault Daubagna. Il ajoute : « La Section a aussi développé son image et son prestige là-dessus. Sous Simon Mannix, j’ai eu la chance de jouer avec ces tops joueurs mondiaux. Cela nous a beaucoup fait grandir, et ça nous a forgés aussi. »
Un héritage précieux que reconnaît aussi Piqueronies : « Cela a conféré à la Section sa légitimité en Top 14. Arriver à remonter sans faire le yo-yo (2015) était déjà une performance. Derrière, l’héritage All Black a aussi eu une influence forte qui a contribué à l’éclosion de cette matière humaine trouvée lorsque j’ai débarqué. »
Pour résumer ce qui l’a frappé à son arrivée, le manager conclut avec une formule puissante : « Il y avait plein de choses moins bien que chez les autres, mais ici, il y avait aussi des gens mieux qu’ailleurs. »







