Longtemps freiné par un incident marquant, Miles Amatosero semble aujourd’hui toucher au but. L’ancien deuxième-ligne de Clermont, désormais pilier des Waratahs, figure dans le groupe de préparation de l’équipe d’Australie et pourrait bientôt honorer sa première sélection avec les Wallabies.
De retour au pays après quatre saisons passées à l’ASM Clermont-Auvergne, ce géant de 2,03 m pour 125 kg s’est imposé comme l’un des hommes forts du Super Rugby. Cette saison, il a disputé 14 matchs, dont 12 en tant que titulaire, enchaînant les performances remarquées.
### Une saison relancée après un épisode compliqué
Le début d’année avait pourtant été assombri par un épisode controversé. Lors d’un entraînement, une altercation avec son coéquipier Angus Scott-Young avait conduit à une suspension de deux matchs, après que ce dernier ait subi une fracture de l’orbite et plusieurs points de suture.
Malgré ce coup d’arrêt, Amatosero a su rebondir. Son retour sur le terrain a confirmé son rôle clé au sein des Waratahs, tout en lui rappelant la nécessité de mieux canaliser son agressivité.
Le joueur admet lui-même, via Rugby Pass, ne pas avoir imaginé un tel retournement de situation il y a encore quelques mois :
« Franchement, c’est une énorme surprise. Je savais que le début serait compliqué. Je me suis contenté de revenir aux fondamentaux, de travailler dur, d’essayer de faire de mon mieux chaque semaine pour jouer avec les mecs. Et ça m’a mené jusqu’ici. C’est incroyable. »
Lorsqu’il évoque cette période, un mot revient sans cesse :
« La résilience, surtout. Rester fidèle à ce que je sais faire. Baisser la tête, travailler, et espérer que ça finisse par payer. »
### L’appel qu’il n’attendait plus
La convocation chez les Wallabies est survenue alors qu’il n’y croyait presque plus.
« Bon, pour être honnête, je pensais que je n’allais pas être sélectionné. C’était juste mon intuition, je suppose que c’est de l’auto-sabotage. J’étais avec ma copine à Melbourne, on regardait le State of Origin, et puis j’ai reçu un appel de Chris Thompson qui m’annonçait que j’avais été sélectionné, et je n’arrivais pas à y croire. Je n’arrivais pas à y croire, et j’ai toujours du mal à y croire », confie-t-il.
Sur ce qu’il peut apporter à l’équipe nationale, son discours est clair :
« Je ne vais rien apporter de nouveau. Je vais simplement apporter ce que j’espère apporter à chaque match, c’est-à-dire ma combativité et mon énergie. Je veux vraiment montrer l’exemple et m’investir à fond. Mais bien sûr, je sais qu’il y a encore un long chemin à parcourir, et j’ai hâte de m’entraîner dur et de disputer des matchs. »
### Une leçon tirée de sa suspension
Cette période d’éloignement forcé a finalement été bénéfique selon le joueur, qui a pu prendre du recul.
« Ça m’a fait du bien de me remettre directement au rugby. Je m’entraînais tout seul, ce qui n’était pas facile, loin de mes coéquipiers. Je crois que cette période d’éloignement m’a permis de prendre conscience de l’importance que revêt ce sport pour moi. Le simple fait d’être de retour avec les gars et de les côtoyer m’a beaucoup aidé », explique-t-il.
Malgré son image de joueur physique, Amatosero admet qu’il doit encore trouver l’équilibre.
« Oui et non. Je dirais que ça m’est arrivé tout au long de ma carrière, justement parce que je suis un joueur agressif et physique. Mais c’est clairement un point sur lequel je dois travailler : trouver le juste équilibre entre discipline et agressivité. Je pense que cette saison, j’ai largement mieux réussi à le faire. »
Il résume sa philosophie :
« Exactement. Me rapprocher du point d’ébullition, sans déborder. »
### Le retour gagnant après Clermont
Depuis son retour en Australie, le deuxième-ligne estime avoir franchi des étapes clés dans son développement, reconnaissant que son expérience française y a beaucoup contribué :
« La décision de revenir ici, en Australie, a été assez facile à prendre, car je voulais travailler dur et, avec un peu de chance, en arriver là où j’en suis aujourd’hui. J’ai vraiment retrouvé confiance en moi, et j’aime à penser que j’ai beaucoup appris de la scène française et que je l’ai maintenant ramenée ici. »
Il adresse également un conseil aux jeunes Australiens évoluant en France :
« Je leur dirais que s’ils envisagent de rentrer, qu’ils croient en eux, qu’ils se lancent. On a facilement tendance à se laisser envahir par des pensées du genre “ça ne marchera peut-être pas”, “ça ne va peut-être pas s’arranger”. Mais je pense que si vous en avez l’occasion, il faut simplement croire en vous dans tout ce que vous entreprenez. »
### Une pensée pour sa mère
Dans les moments difficiles, Amatosero pense d’abord à sa famille, et rend un hommage poignant à sa mère :
« Ma mère. Mon premier soutien. Elle me garde les pieds sur terre. Elle ne pleure pas d’habitude, mais hier au téléphone, elle n’a pas pu se retenir. Beaucoup d’émotion. Voir ce que ça représente pour mes proches, surtout pour elle… ça compte énormément. »
Enfin, il estime avoir enrichi son jeu depuis son retour au sein des Waratahs :
« Les Waratahs m’ont énormément aidé sur ce plan-là, c’est-à-dire sur les aspects du jeu autres que le physique. En France, c’était sans aucun doute une partie importante de mon rôle, mais depuis mon retour, j’ai pu me concentrer sur d’autres aspects de mon jeu. J’aime à penser que je suis devenu plutôt bon en touche, c’est-à-dire dans ces aspects du jeu qui ne relèvent pas nécessairement du physique. »







