Arrivé en pleine tempête à Montpellier en novembre 2023, Bernard Laporte a joué un rôle clé dans la reconstruction d’un club désormais en finale du Top 14, ce samedi face au Stade Toulousain.
Interrogé par *Le Parisien*, le directeur du rugby du MHR revient sur ces deux saisons de transformation, marquées par des choix forts et un changement d’état d’esprit au sein du vestiaire.
« Quand je suis arrivé, ça allait très mal, le MHR était dernier du Top 14, les mecs s’étaient battus entre eux lors d’un stage en Corse. Cela a été très difficile. Il y a eu du mieux, des rechutes, des moments compliqués. Finalement, on a arraché notre maintien lors du barrage contre Grenoble pour 2 points. » C’est ce maintien obtenu de justesse qui, selon lui, a lancé la véritable reconstruction du club. « Nous avons bâti une ossature solide. Et nous ne sommes pas passés loin de la qualification en phase finale la saison dernière, même si nous n’étions pas du tout armés pour aller très haut. »
L’une des pierres angulaires du renouveau est un changement radical dans la politique sportive. « Déjà, nous nous sommes renforcés derrière. C’est une équipe complète, mais surtout tout a changé dans l’état d’esprit. Les gros salaires, les mercenaires, c’est fini tout ça. On a mis tout le monde aux bons salaires. Cela n’a plus rien à voir. » Dès son arrivée, Laporte n’a pas hésité à trancher : « On s’est séparés de onze joueurs sous contrat et, pour cinq d’entre eux, on a dû payer la moitié de leur contrat pour qu’ils partent. »
Le recrutement suit désormais une nouvelle ligne, plus prudente et plus locale, tout en restant ouverte aux étrangers profondément impliqués. « On m’a encore proposé un joueur néo-zélandais cette semaine en me disant : “C’est tant.” J’ai répondu : “Ce ne sera rien.” C’est fini ce temps-là, les folies… C’est plus franco-français qu’avant, mais les étrangers sont autant attachés au club. »
Parmi les nouvelles recrues, Bernard Laporte salue tout particulièrement Billy Vunipola. « Un seul exemple : Billy Vunipola. Ce mec est extraordinaire. Il a 33 ans, il a tout connu. Il est le premier à l’entraînement et le dernier parti. Il donne tout. Son influence est incroyable sur le reste du groupe. » Son aura dépasse le cadre sportif : « Regardez la dimension qu’ont prise Lenni Nouchi ou Baptiste Erdocio dans son sillage. »
Si Laporte a confié le poste de manager à Patrice Collazo, puis à Joan Caudullo, son implication reste totale et quotidienne. « Je suis là tous les jours. J’assiste à toutes les réunions. L’automne dernier, quand les résultats ne suivaient pas, Joan Caudullo m’a demandé de diriger un entraînement. Je l’ai fait. Je suis auprès d’eux. »
Malgré la Challenge Cup décrochée récemment, Bernard Laporte ne veut pas s’arrêter là. « Aujourd’hui, ça fonctionne, mais attention nous n’avons rien gagné. Moi ce que je veux, c’est des titres et surtout durer ensuite. »
Enfin, il se réjouit de l’engouement retrouvé autour du club : « Oui. Je le dis au président. Le seul juge de paix, c’est le stade. Depuis cinq mois, il est plein tout le temps, alors que quand nous sommes arrivés, c’était la moitié. Quand les spectateurs viennent, tout suit. »
L’ancien sélectionneur du XV de France souligne aussi l’importance du soutien de Mohed Altrad, président du MHR. « J’ai été à bonne école avec Max Guazzini au Stade Français. Il avait tout compris au rugby. Aujourd’hui, je dis aux joueurs, remerciez Mohed Altrad, sans lui, il n’y aurait pas de club. C’est comme au Racing avec Jacky Lorenzetti ou au Stade Français avec Hans-Peter Wild. Que serait le Top 14 sans eux ? »







