
Il y a moins de deux ans, Carlü Sadie ne savait pas s’il pourrait un jour rejouer au rugby. Pire encore, le pilier droit de l’Union Bordeaux-Bègles a dû subir une opération des cervicales dont l’issue aurait pu être dramatique.
À 29 ans, l’international sud-africain raconte aujourd’hui les risques terrifiants auxquels il a été confronté. Selon son témoignage, les médecins l’avaient notamment averti qu’il pouvait perdre la vie pendant l’intervention chirurgicale. Une épreuve qui a profondément changé sa manière d’aborder son métier et son existence.
Désormais de retour au plus haut niveau, le joueur de l’UBB mesure le chemin parcouru depuis cette période particulièrement éprouvante.
Dans une interview accordée à Sud-Ouest, Carlü Sadie est revenu sur les circonstances de sa blessure, les dangers liés à son opération et les premières sensations éprouvées lorsqu’il a enfin retrouvé les terrains. Un récit impressionnant, alors qu’il avait déjà confié à RugbyPass être passé à deux millimètres de la mort.
« Si vous subissez cette opération, vous avez 50 % de risques de ne pas survivre »
C’est probablement la révélation la plus saisissante de son témoignage.
Avant de subir son intervention chirurgicale, Carlü Sadie affirme avoir été averti par son médecin des risques particulièrement élevés de l’opération.
La zone concernée, située au niveau des cervicales, rendait l’intervention extrêmement délicate.
Une atteinte de la moelle épinière ou d’un vaisseau sanguin pouvait avoir des conséquences irréversibles.
Le pilier sud-africain a rapporté les avertissements reçus avant son opération :
« J’ai tourné la page. Le médecin m’avait prévenu : “Si vous subissez cette opération, vous avez 50 % de risques de ne pas survivre.” Il ne pouvait pas me garantir qu’il ne toucherait pas la moelle épinière, il risquait aussi de toucher un vaisseau sanguin, ce qui pouvait entraîner mon décès sur la table d’opération. »
Des paroles particulièrement difficiles à entendre pour un sportif professionnel qui devait déjà faire face à l’incertitude concernant la poursuite de sa carrière.
Mais au-delà du rugby, c’était bien sa vie qui était potentiellement en jeu, selon les risques médicaux qu’il décrit.
« Vous vous retrouvez paralysé, vous ne pouvez plus respirer »
Pour comprendre la gravité de sa blessure, Carlü Sadie est revenu sur la région des cervicales qui avait été touchée.
Le problème concernait notamment un ligament situé entre les deux premières vertèbres cervicales, C1 et C2.
Cette région joue un rôle essentiel dans la stabilité du cou et se trouve à proximité immédiate de la moelle épinière.
Le joueur explique qu’une perte de stabilité aurait pu entraîner des conséquences catastrophiques.
Carlü Sadie a détaillé les dangers auxquels il avait échappé :
« Oui. Pour résumer, il y a un ligament au niveau des vertèbres C1 et C2. Si ce ligament lâche, le cou perd toute stabilité, il peut alors se plier au-delà d’une certaine limite et cela peut toucher la moelle épinière qui assure la transmission de l’influx nerveux vers les jambes et permet la communication entre le cerveau et le reste du corps… Si elle est touchée, vous vous retrouvez paralysé, vous ne pouvez plus respirer, plus bouger… La mort survient en quelques secondes. Heureusement pour moi, le cou ne s’est pas plié autant, c’est ce qui m’a permis de retrouver les terrains. Ça aurait pu être bien pire, ça aurait très bien pu être la fin. »
Un scénario qui permet de mesurer la gravité de ce qu’il raconte avoir traversé.
Le pilier bordelais considère aujourd’hui qu’il a échappé au pire.
Une opération réussie et un retour sur les terrains sans appréhension
Malgré les risques annoncés, l’intervention chirurgicale s’est finalement bien déroulée.
Carlü Sadie a ensuite entamé une longue période de rééducation pour retrouver les capacités physiques nécessaires à la pratique du rugby professionnel.
À l’issue de ce travail, les spécialistes lui ont assuré que son cou présentait désormais une solidité rassurante.
Mais une autre difficulté pouvait encore se présenter : celle de la peur au moment de reprendre les contacts.
Dans un sport où les chocs sont permanents, le Sud-Africain savait qu’il devrait retrouver une confiance totale dans son corps.
Il avait même imaginé une manière très particulière de surmonter une éventuelle appréhension.
Le joueur de l’UBB a raconté la promesse faite à son épouse avant son retour à la compétition :
« L’opération a finalement été un succès. J’ai suivi une rééducation au terme de laquelle on m’a assuré que mon cou était plus solide qu’il ne l’avait jamais été. J’ai confié à ma femme : “Une fois sur le terrain, si je ressens la moindre appréhension, la première chose que je ferai, c’est de prendre le ballon et de foncer droit sur quelqu’un.” Juste pour me prouver à moi-même que tout va bien. Et c’est exactement ce que j’ai fait. »
Une façon pour lui de retrouver immédiatement ses repères et de se convaincre qu’il pouvait de nouveau pratiquer son sport sans retenue.
« Tout peut s’arrêter en deux secondes »
Cette expérience a également profondément modifié la manière dont Carlü Sadie envisage sa carrière et sa vie personnelle.
Avant sa blessure, le pilier reconnaît qu’il ne mesurait pas toujours la chance de pouvoir évoluer au plus haut niveau.
L’épreuve traversée lui a fait prendre conscience de la fragilité de certaines situations.
L’international sud-africain a expliqué ce que cette expérience avait changé dans son état d’esprit :
« Avant la blessure, on prend les choses pour acquises. On ne réalise pas vraiment la chance qu’on a au quotidien. Mais quand un événement pareil survient, on prend conscience que tout peut s’arrêter en deux secondes. Cette opération m’a rendu plus fort mentalement. Je sais que chaque opportunité peut être la dernière. Alors, je la saisis à pleines mains. »
Le joueur affirme avoir développé une nouvelle forme de patience et une détermination renforcée.
Désormais, chaque entraînement et chaque rencontre possèdent une signification particulière.
Il ne considère plus sa présence sur un terrain comme quelque chose d’acquis.
Un joueur qui mesure désormais chaque instant
Après cette opération et les longs mois nécessaires à sa récupération, Carlü Sadie a retrouvé le rugby professionnel.
Le pilier droit de Bordeaux-Bègles peut désormais poursuivre sa carrière, alors qu’une issue bien différente avait été envisagée au moment de sa blessure.
Son témoignage illustre la dimension humaine d’une épreuve qui dépasse largement les résultats sportifs.
Car derrière les performances et les ambitions d’un joueur de haut niveau, il y a parfois des périodes de doute et des décisions médicales aux conséquences potentiellement dramatiques.
Pour Carlü Sadie, cette opération restera un tournant majeur.
L’international sud-africain a retrouvé les terrains, mais il conserve surtout la conscience d’avoir échappé à une situation qui, selon ses propres mots, aurait pu lui coûter la vie.







