
Le XV de France accueille un nouveau visage dans son encadrement, et son caractère ne devrait laisser personne indifférent. Chargé de remettre de l’ordre dans une défense tricolore particulièrement perméable ces derniers mois, Geoffrey Doumayrou a rejoint le staff de Fabien Galthié. L’ancien centre international français, réputé pour son exigence et son tempérament parfois difficile, fait l’objet de témoignages particulièrement révélateurs de la part de ses anciens entraîneurs et coéquipiers.
Avec seulement deux saisons d’expérience comme entraîneur, Geoffrey Doumayrou hérite d’une mission importante. Les Bleus ont encaissé douze essais lors de leurs trois rencontres de novembre 2025 et ont encore montré de grosses fragilités défensives face à l’Écosse et à l’Angleterre. Mais le nouvel adjoint possède déjà des références solides : sous sa responsabilité, Montpellier a terminé la saison dernière avec la meilleure défense du Top 14, une performance que le club héraultais reproduit pour le moment cette saison.
Un caractère particulièrement affirmé
Ancien coéquipier de Geoffrey Doumayrou au Stade Rochelais, Romain Sazy se souvient d’un joueur qui accordait déjà une importance considérable à l’organisation défensive.
Il raconte dans les colonnes de Sud-Ouest à quel point le nouveau membre du staff tricolore aimait diriger ce secteur :
« C’était notre leader de défense. Tu voyais qu’il était attiré par ce secteur-là et qu’il adorait le travail sans ballon. »
Cette passion s’accompagnait d’une véritable capacité à organiser ses partenaires et à les entraîner dans son sillage.
Romain Sazy souligne ses qualités de meneur :
« Il aimait contrôler et réguler le système défensif. Il avait les qualités requises : la lecture du jeu, le placement, la communication. Il mettait l’énergie pour embarquer les autres. »
Mais derrière cette compétence se cache également un tempérament particulièrement exigeant.
Jean-Baptiste Elissalde, qui l’a entraîné lors de son deuxième passage à Montpellier, se souvient d’un joueur capable de défendre ses convictions avec beaucoup de fermeté.
L’ancien entraîneur décrit un homme qu’il fallait convaincre avec des arguments solides :
« Il était très exigeant avec lui-même et avec les autres. Il pouvait camper sur ses positions assez durement, tout en étant ouvert à la discussion. Mais il fallait vraiment lui prouver pourquoi tu avais raison. Quand il te pose une question et que tu ne sais pas quoi répondre, ça n’en reste pas là. Tu lui dis « je te réponds plus tard », tu bosses et tu reviens le voir. Sinon, ça ne lui convient pas. »
« Un garçon un peu extrême »
Xavier Garbajosa, qui a également côtoyé Geoffrey Doumayrou à La Rochelle, confirme cette réputation de joueur extrêmement investi.
L’ancien entraîneur rochelais décrit un compétiteur qui ne laissait que très peu de place à l’imprévu :
« C’était un garçon un peu extrême, qui voulait tout le temps s’entraîner et jouer, parce qu’il ne laisse aucune place aux choses qu’il ne maîtrise pas. »
Son exigence pouvait cependant provoquer des tensions avec ceux qui ne partageaient pas sa rapidité de compréhension ou son niveau d’investissement.
Garbajosa reconnaît que ce tempérament pouvait parfois compliquer les relations :
« Il était très dur avec lui-même, avec les autres. Il avait besoin de tout comprendre, pigeait très rapidement, et parfois acceptait mal l’erreur ou manquait de patience sur la compréhension moins rapide des autres. »
Un caractère décrit affectueusement par plusieurs de ses anciens partenaires comme « bourru », « tête de lard » ou encore « pas le plus rigolo ».
Une personnalité aussi affirmée peut-elle devenir un obstacle dans ses nouvelles fonctions ?
Jean-Baptiste Elissalde estime que Doumayrou devra apprendre à adapter sa manière de transmettre ses convictions :
« Il apprend et va continuer de le faire. Aujourd’hui, tout va bien pour lui. Un jour, ça se passera peut-être moins bien, et on verra avec l’expérience comment il pourra retranscrire ses convictions de manière différente, peut-être un peu moins autoritaire. Je ne suis pas du tout inquiet pour lui. »
« Il ne met pas forcément les formes »
Ancien partenaire et désormais ami de Geoffrey Doumayrou, Vincent Rattez reconnaît qu’il n’imaginait pas forcément le voir devenir entraîneur aussi rapidement après sa retraite sportive en 2024.
L’ancien ailier explique pourquoi le tempérament de Doumayrou pourrait représenter un défi dans la gestion d’un groupe :
« Pour gérer 40 mecs, il faut de la souplesse, ne pas froisser ou faire perdre le moral. Il ne met pas forcément les formes, mais sur le fond, c’est souvent juste. »
Pour autant, Rattez considère que cette franchise peut aussi constituer une qualité au plus haut niveau.
Il défend l’exigence de son ancien coéquipier :
« Oui, il a du caractère, mais à ce niveau, c’est obligatoire non ? Il vaut mieux des mecs directs. Et ses joueurs savent les standards qu’il s’imposait à lui-même. »
Les longues discussions tactiques faisaient d’ailleurs partie du quotidien de Doumayrou à La Rochelle, notamment avec Vincent Rattez et Jérémy Sinzelle.
Xavier Garbajosa garde lui aussi le souvenir de nombreuses discussions sur les orientations de jeu, parfois particulièrement animées.
Il résume avec franchise la personnalité du nouvel adjoint de Fabien Galthié :
« Un garçon comme Geoffrey, tu aimes ou tu détestes. Je ne pense pas qu’il ait 200 millions d’amis, mais je suis sûr que sa sphère amicale est très, très fidèle. Quand tu sais comment il fonctionne, tu peux l’amener où tu veux. »
Une mission capitale avant la Coupe du monde 2027
Avec 13 sélections sous le maillot bleu, Geoffrey Doumayrou connaît déjà l’environnement du XV de France, même si son parcours international a été limité par une forte concurrence, des blessures et, selon ses propres déclarations passées, une personnalité parfois clivante.
Son bilan comme joueur en sélection reste de trois victoires pour dix défaites.
Désormais, l’ancien centre devra mettre son exigence au service d’un groupe qui ambitionne de remporter la Coupe du monde 2027.
Toujours membre du staff de Montpellier, il interviendra auprès des Bleus pendant les fenêtres internationales, avec pour priorité de restaurer la solidité défensive d’une équipe de France qui a encaissé beaucoup trop de points lors de ses dernières sorties.







