À Londres, lors du forum « Shape of the Game », la délégation française a tiré la sonnette d’alarme concernant l’avenir de l’arbitrage dans le rugby. Le principal danger identifié : la généralisation du carton rouge temporaire de 20 minutes, qui pourrait supplanter l’exclusion définitive.
Mathieu Raynal, désormais responsable de la cellule de haute performance de l’arbitrage au sein de la FFR et de la LNR, défend avec fermeté la nécessité de préserver le carton rouge permanent pour protéger la santé des joueurs. Dans un entretien approfondi accordé à Midi Olympique, il souligne les risques d’une banalisation des fautes graves.
### Le carton rouge définitif, un rempart indispensable
L’ancien arbitre international dénonce une « erreur stratégique et médicale » si l’exclusion définitive se limite aux seuls actes de brutalité extrême tels que morsures ou coups de poing. Selon lui, cela conduirait à une moindre sévérité face aux violences physiques majeures sur le terrain.
« On ne verra plus de carton rouge définitif, sauf pour des morsures, coup de poing, coup de pied, ce qui n’arrive plus dans le rugby. Donc on pourrait très bien avoir un cas, au bout de cinq minutes de jeu, une charge à l’épaule, directement dans le visage d’un joueur, de notre meilleur joueur par exemple, qui sort sur enfoncement du plancher orbital, et derrière, 20 minutes après, l’équipe adverse reviendra à 15 joueurs contre 15. Donc ça, déjà, ce n’est pas normal, et l’image et la conséquence seraient irréversibles. Le carton rouge définitif est absolument nécessaire dans notre sport et on souhaite le préserver. On va défendre cette position. »
### Le « carton orange » français, une alternative ciblée
Si la France n’exclut pas l’idée d’une sanction intermédiaire, elle refuse qu’elle devienne la règle. Mathieu Raynal milite pour que le carton de 20 minutes—similaire au « carton orange » testé en Top 14 et Pro D2—soit réservé aux cas litigieux qui divisent les arbitres.
« Avoir trois sanctions possibles peut être un atout. Ça peut être un atout si on met le carton jaune et le carton rouge définitif au-dessus de celui de vingt minutes. Ce dernier doit être utilisé uniquement sur des cas très singuliers qui vont diviser l’opinion, comme on le fait en France avec le carton orange. Je rappelle que sur 300 matchs joués en Top 14 et Pro D2, on a eu seize cartons orange, ce qui est peu. Il faut l’utiliser uniquement sur des cas très complexes, où les arbitres n’arrivent pas à se positionner pour savoir si c’est un rouge ou un jaune. Et là, il a une vraie valeur. Donc, ce n’est pas forcément enterrer cette idée d’une troisième sanction. Mais ce n’est surtout pas affaiblir le carton rouge définitif. On pense que ça a une vraie valeur pédagogique avec un message clair sur la protection physique des joueurs. »
### Remettre l’arbitre au centre, questionner le bunker
La France s’interroge aussi sur la pertinence du « bunker », ce système d’arbitrage vidéo délocalisé, souvent critiqué pour son coût élevé et son manque d’impact pédagogique. Mathieu Raynal plaide pour redonner le pouvoir de décision aux arbitres sur le terrain afin de renforcer la proximité avec le public, notamment lors des vérifications vidéo.
« Aujourd’hui, nos meilleurs arbitres sont sur le terrain. Si on leur donne l’opportunité d’avoir trois sanctions jaune, orange et rouge, ils sont à même de décider. Ils ont les compétences pour le faire. L’appel vidéo a une vraie valeur pédagogique, parce que c’est le seul moment où un spectateur ou un téléspectateur peut jouer le rôle de l’arbitre. C’est le moment où une équipe d’arbitres peut prendre le téléspectateur par la main pour lui expliquer le cheminement de pensée vers une décision très importante du match. Donc effectivement, ça prend encore 4 minutes en moyenne à l’heure actuelle et il faut arriver à baisser ce temps d’appel à la vidéo à 2 minutes 30 ou 3 minutes. Donc nous souhaitons plutôt défendre l’idée de trois sanctions, s’ils veulent conserver cette troisième sanction, mais remettre en cause ou réfléchir sur l’utilité que peut avoir le bunker, parce que ça a un coût qui est énorme, pour peu de bénéfices. »
Face à ces débats, la France se positionne clairement pour un arbitrage qui protège la santé des joueurs tout en conservant une clarté dans les sanctions, et plaide pour un arbitrage plus humain et pédagogique.






