Parmi les surprises de la première liste dévoilée par Fabien Galthié en préparation du match contre l’Angleterre A, une convocation a particulièrement retenu l’attention : celle de Jefferson Poirot. Le pilier gauche de l’Union Bordeaux-Bègles effectue un retour inattendu en équipe de France, six ans après avoir décidé de mettre un terme à sa carrière internationale.
À 33 ans, Jefferson Poirot semblait avoir définitivement tourné la page du XV de France. L’ancien capitaine des Bleus avait disputé son dernier match international en 2020, à Édimbourg contre l’Écosse, avant d’annoncer sa retraite après 36 sélections. « Au mois d’avril, il estimait lui-même que la concurrence et l’évolution de l’équipe de France rendaient un retour peu probable. » Comme il le confiait : « Le train a avancé depuis 2020, on est quand même sur une équipe de France qui performe depuis des années. »
Depuis, beaucoup de choses ont changé. L’Union Bordeaux-Bègles a remporté une deuxième Champions Cup consécutive, et Poirot a poursuivi sa progression après deux saisons particulièrement réussies. « Je peux dire que je me paye. Les planètes se sont alignées. C’est un peu la récompense de tous les efforts fournis, » reconnaît le pilier bordelais, qui ajoute que « les titres amènent encore plus de libération, c’est de plus en plus du bonheur. »
Au-delà des résultats sur le terrain, Jefferson Poirot a trouvé un équilibre personnel inédit. « Il n’y a plus l’aspect contrainte ou l’aspect un peu anxiogène que peut générer une carrière par moments. Là, il m’a totalement quitté parce que j’ai coché pas mal de choses. » Sa vision du rugby a profondément évolué : « Je ne suis plus que sur le plaisir du jeu à ce niveau-là, qui est extraordinaire. » Cette sérénité nouvelle s’explique aussi par l’absence d’ambition contractuelle ou sportive : « J’ai rarement vécu une période où j’ai autant de sérénité, parce que je n’ai pas d’ambition d’avoir un nouveau contrat, pas d’ambition forcément de jouer en sélection. »
Revenant sur sa décision de quitter les Bleus en 2020, Poirot souligne que « j’ai lancé mon après-carrière. » Il a pris le temps de construire sa vie en dehors du rugby : « J’ai racheté une société, j’ai construit des choses extra-sportives, j’ai pris du temps aussi pour me construire en tant qu’homme. » Un cheminement personnel qui explique sa sérénité actuelle : « Et ça, c’est ce qui me permet aujourd’hui d’être serein. »
Ses performances avec Bordeaux-Bègles ont progressivement rouvert la porte de la sélection, d’autant plus que blessures et changements dans la hiérarchie ont modifié le contexte. Quand l’hypothèse d’un retour lui a été évoquée au printemps, Jefferson Poirot n’a pas fermé la porte : « Si je suis pré-convoqué ? Écoute, j’irai. » Un sourire en prime : « Ça ne pourra pas se refuser. »
Quelques semaines plus tard, le sélectionneur Fabien Galthié a officialisé son rappel. Le coach avait d’ailleurs rencontré Poirot au centre d’entraînement de l’UBB après le Tournoi des Six-Nations. Six ans après avoir choisi de quitter l’équipe de France, le joueur aux 36 sélections effectue un retour dans un contexte totalement nouveau. À un peu plus d’un an de la Coupe du monde 2027, Jefferson Poirot s’offre une opportunité que très peu imaginaient encore possible il y a quelques mois.







