Longtemps cantonné à une image de formation rugueuse axée sur la puissance et la défense, Montpellier Rugby a profondément transformé son style de jeu cette saison. Au cœur de cette métamorphose, un homme s’est imposé comme un moteur essentiel : Benoît Paillaugue, entraîneur de l’attaque du MHR.
Revenu sur les coulisses de cette évolution, Paillaugue explique que « quand nous avons pris l’équipe l’an dernier avec Joan, le projet était très clair : mettre un gros focus sur la conquête et la défense. L’idée était de reconstruire un socle fort et de retrouver l’ADN qui avait longtemps fait la force du club ». Pourtant, derrière cette priorité initiale, il préparait déjà discrètement la suite. « Je travaillais un peu en sous-marin. J’avais envie que notre jeu ressemble davantage à ce que j’aimais proposer lorsque j’étais joueur : faire vivre le ballon, créer du mouvement. Mais il fallait d’abord bâtir des fondations solides. »
Le déclic intervient en novembre, après une défaite à domicile contre Clermont. À ce moment, Benoît Paillaugue confronte son manager Joan Caudullo : « Je lui ai dit que si nous nous contentions de mettre le pied sur le ballon et de rendre systématiquement la possession, nous allions nous exposer aux contres sans exploiter nos qualités. » Il ajoute avec franchise : « Surtout, nous n’allions pas proposer de spectacle et les gens n’allaient plus venir au stade. »
De cette prise de conscience naît un virage stratégique majeur : « Nous avons donc décidé d’utiliser notre défense comme une arme pour récupérer des ballons et mettre davantage de vitesse sur ces phases de transition. Nous avons cherché à multiplier les passes, les offloads, à jouer plus debout. » Une approche rendue possible par le profil atypique des avants héraultais, dotés de qualités techniques rares pour leur poste. « Nous avons beaucoup de joueurs capables de manier le ballon : Verhaeghe, Forletta, Tolofua, Vunipola, Nouchi et d’autres. Ce sont des joueurs qui peuvent faire vivre le jeu. »
Cette nouvelle philosophie a notamment donné naissance à une avancée notable dans le jeu des avants : « L’une de nos plus grandes progressions a été cette capacité à faire des petites passes devant la défense avec les avants. » Résultat : le groupe adhère pleinement à ces principes et le public répond présent, comme le souligne avec satisfaction l’entraîneur : « Nous voulons proposer un rugby plus attractif, aussi pour attirer davantage de monde au stade. On voit que cela porte ses fruits, à la fois dans les résultats et dans l’affluence. » L’équilibre trouvé sur le terrain lui plaît également : « La répartition des essais est assez équilibrée entre les avants et les trois-quarts, je crois qu’on est à 55/45 et cela me plaît beaucoup. »
Montpellier ne compte pas s’arrêter là. Le recrutement vise à franchir un nouveau cap offensif. Paillaugue cite plusieurs renforts attendus : « Langi Gleeson devrait nous apporter dans ce secteur, de même que Dimitri Delibes derrière, Maël Moustin sera plus souvent avec nous, Justo Piccardo aura encore plus de repères collectifs. »
En toute lucidité, l’ancien demi de mêlée reconnaît avoir évolué dans sa méthode depuis son intégration au staff professionnel : « La première année, j’ai sans doute voulu trop marquer la différence entre l’ancien joueur que j’étais et l’entraîneur que je devenais. Avec le recul, ce n’était probablement pas la meilleure approche. » Désormais, toute l’attention est tournée vers l’avenir. « Parce qu’en un an et demi, nous avons remporté un titre et qualifié l’équipe pour une demi-finale. Désormais, nous allons être attendus. »
En guise de conclusion, Paillaugue envoie un message fort : « Or, rester durablement au plus haut niveau est souvent plus difficile que d’y arriver. Le plus dur commence maintenant. »







