Thierry Cazedevals, l’un des agents les plus influents du rugby français, s’est livré sans filtre dans le podcast RugbyPhysio diffusé sur YouTube, dévoilant les coulisses de son métier et son parcours atypique.
C’est en 2006, suite à une séparation personnelle, que Thierry Cazedevals décide de changer de cap. « En 2006, j’ai connu une séparation avec mon ex-femme. J’ai eu une discussion avec un ami dans le rugby qui m’a demandé pourquoi je ne deviens pas agent car j’ai fait des études juridiques et je connais le milieu. Je passe la licence d’agent… », explique-t-il. Dès 2007, alors qu’il gère deux boutiques, il débute sa nouvelle activité d’agent, d’abord en jonglant entre ses deux métiers. « Je démarre petit à petit, de jeunes joueurs me font confiance. Je commence à travailler avec Colomiers et le Stade Toulousain… »
Le premier joueur à lui faire confiance est Julien Tourtoulou, troisième ligne à Colomiers, un club qu’il connaît bien. « J’ai commencé à travailler avec des générations de joueurs qui n’avaient jamais eu d’agent auparavant comme Clément Poitrenaud, Jean Bouilhou… Certains présidents ne voulaient pas donner 10 000 euros de commission à un agent, ils préféraient la donner directement au joueur. »
Le bouche-à-oreille fonctionne alors à plein régime, et l’agent gagne en notoriété, attirant même des noms comme Yoann Huget : « La bascule commence quand Yoann Huget me fait confiance. Il joue à Agen et on signe à Bayonne. Dès qu’il a signé à Bayonne, il a sa première sélection en équipe de France. Ensuite, il explose… » Progressivement, Cazedevals gère aujourd’hui entre 40 et 45 joueurs par an, un plafond qu’il ne souhaite pas dépasser pour assurer un suivi de qualité.
Dans son quotidien, l’évolution technique a changé la donne. « Je me déplace dans les clubs, le mercredi ou le jeudi, quand les joueurs sont au repos… Depuis le Covid, on fait beaucoup plus de visio… Maintenant, quand le club veut rencontrer le joueur, 9 fois sur 10 c’est qu’on va avoir une proposition. »
Son travail consiste essentiellement à répondre aux besoins précis des clubs : « Généralement, le club envoie le profil de joueurs qu’il recherche pour la saison prochaine… Le règlement a changé aussi car les clubs ne peuvent pas contacter un joueur d’un autre club plus d’un an avant la fin de son contrat… »
Rien ne lie toutefois contractuellement un joueur à son agent, qui est rémunéré par les clubs : « La difficulté de notre métier c’est qu’il faut toujours être sur le qui-vive… Des fois, tu as un club qui t’appelle et qui te dit que tel agent a appelé pour tel joueur… ça veut dire que le joueur te la fait à l’envers. »
Le contact humain reste au cœur du métier. « Les joueurs parlent beaucoup dans le vestiaire. […] On fait du lobbying à notre échelle. Le joueur accepte de te rencontrer, tu déjeunes avec lui, ça se fait ou pas, c’est que du relationnel et du feeling. »
Il évoque aussi la dure réalité pour les jeunes joueurs. « Un gamin qui a 18 ans qui a du potentiel… il va être épié, regardé… Des détails que l’on va laisser passer à un joueur confirmé de 28 ans, le gamin de 18 ans n’a pas le droit à l’erreur… Ils sont plongés dans le monde des adultes très tôt. »
Au-delà du rôle de négociateur, Cazedevals se positionne comme un véritable conseiller pour ses joueurs : « Je conseille mes joueurs. Je leur donne mon avis mais c’est le choix du joueur au final… Si l’option A est mieux sur le sportif et l’option B est mieux sur le financier, tout dépend de l’âge du joueur… »
Côté rémunération, le système est dégressif en fonction du salaire : « Au maximum, on prend 10 % du salaire brut annuel du joueur… en moyenne, c’est entre 7 et 8 % du salaire brut d’un joueur, à l’année. Quand tu re-signes un joueur dans le même club, ta commission baisse à 5 % environ… »
Des clauses de renégociation peuvent également être intégrées : « Tu peux l’anticiper en mettant une clause de revoyeur… si le joueur atteint telles performances et tel temps de jeu, le club et le joueur s’engagent à se revoir pour renégocier le contrat à la hausse. »
Enfin, l’agent aborde la spécificité des clubs fluctuants entre Top 14 et Pro D2 : « Il y a des clubs qui font le yoyo… on aura deux options : le salaire si le club est en Pro D2 et le salaire si le club est en Top 14… En moyenne, il y a un delta entre 20 et 30 % de salaire entre les deux. »
Sa conclusion résume l’essence même de ses négociations : « Dans la négociation, tu peux faire deux ans mais le joueur veut trois ans. Donc le but de la négo, c’est de dire on fait 3 ans mais on se base sur un salaire de 90 % ou de 80 %. Le joueur, à lui de comprendre que c’est peut-être plus intéressant d’avoir trois années à 80 % que deux ans à 100 %… »
À travers cet entretien, Thierry Cazedevals éclaire avec franchise et expertise un métier clé, souvent méconnu, qui façonne le rugby français de l’ombre.







