
Alors qu’il honorera samedi face à l’Australie sa toute première sélection avec le XV de France, Moses Alo-Emile s’apprête à vivre l’un des plus grands moments de sa carrière. Pourtant, cette histoire aurait très bien pu ne jamais exister. Car lorsqu’il débarque au Stade Français à seulement 17 ans, le jeune Australien n’est pas recruté pour évoluer… au poste qu’il occupe aujourd’hui.
Neuf ans plus tard, le voilà devenu l’un des piliers gauches les plus solides du Top 14. Une transformation qui doit beaucoup à un pari osé du club parisien.
Un recrutement presque improvisé
Tout commence en 2017.
Le Stade Français vient de recruter Paul Alo-Emile, pilier droit international samoan. Au détour d’une discussion, ce dernier évoque l’existence de son petit frère, Moses, alors âgé de seulement 17 ans.
Directeur du centre de formation parisien à l’époque, Pascal Papé demande alors à visionner quelques vidéos.
L’ancien deuxième ligne est rapidement intrigué comme il l’explique via L’équipe :
« Paul m’avait glissé qu’il avait un petit frère qui jouait en Australie au poste de pilier droit. (…) J’ai rapidement vu que Moses avait du potentiel. Il avait un morphotype et était déjà presque deux fois plus costaud que les gars de son âge. Il maniait également très bien le ballon. Enfin, en mêlée, il était brut de décoffrage. Il avait une force naturelle. On a décidé de le faire venir ! »
Quelques semaines plus tard, le jeune Australien traverse la planète pour rejoindre Paris.
La décision qui a tout changé
Le problème apparaît rapidement.
À droite de la mêlée, la concurrence est déjà importante au Stade Français. Les perspectives sont limitées.
Pascal Papé décide alors de tenter un pari inattendu.
Il raconte ce moment décisif.
« Je lui ai demandé : « C’est quoi ton rêve ? » Il m’avait répondu : « Jouer avec mon frère à Paris. » (…) Je lui ai dit : « Si tu veux jouer avec ton frère, tu dois passer pilier gauche ! » À droite, c’était bouché. À gauche, c’était plus ouvert. »
Une décision loin d’être anodine.
Passer du côté gauche de la mêlée ne consiste pas simplement à changer de numéro dans le dos. Il faut modifier ses appuis, ses automatismes, ses repères techniques et développer d’autres chaînes musculaires. Autrement dit, apprendre un nouveau métier.
Des années de travail avant la récompense
Les débuts sont loin d’être simples.
Laurent Sempéré, aujourd’hui entraîneur des avants du XV de France, a accompagné cette évolution lorsqu’il travaillait au Stade Français.
Il se souvient d’un chantier de longue haleine.
« Le repositionner à gauche a été assez laborieux. Ce n’est pas le même métier, ça ne demande pas les mêmes chaînes musculaires, ce ne sont pas les mêmes automatismes. Il a dû se transformer pour être performant à gauche. Il a travaillé très dur. »
Saison après saison, Moses Alo-Emile s’impose pourtant.
En 2021, il réalise même son rêve en disputant son premier match de Top 14 aux côtés de son frère Paul, tous les deux titulaires face à La Rochelle.
Depuis, il est devenu une valeur sûre du championnat sous les couleurs du Stade Français.
Une première sélection… et déjà un nouveau défi
Samedi, à Brisbane, dans la ville où il est né et où vivent toujours ses parents, Moses Alo-Emile va enfin connaître sa première sélection avec le XV de France.
Mais son histoire avec les Bleus ne fait peut-être que commencer.
Si Fabien Galthié compte d’abord l’utiliser à gauche, le staff tricolore réfléchit déjà à le repositionner également… à droite, son poste de formation.
Depuis la retraite d’Uini Atonio, l’équipe de France recherche de nouvelles solutions chez les piliers droits. Le manager du Stade Français, Paul Gustard, en est convaincu.
Pour lui, Moses Alo-Emile possède toutes les qualités pour réussir des deux côtés de la mêlée.
« N’oubliez pas qu’il a été recruté comme droitier (…) au regard de sa taille et de son poids, il a le profil pour jouer à droite. »
Même son de cloche chez Pascal Papé.
« Moses, c’est du pain béni. (…) Je ne vois pas ce qu’il ferait de moins que les autres piliers droits du groupe France. »
Recruté comme pilier droit, devenu international à gauche et peut-être bientôt capable d’évoluer des deux côtés de la mêlée, Moses Alo-Emile illustre parfaitement qu’une carrière peut parfois basculer sur une seule décision. Sans ce pari tenté par le Stade Français il y a neuf ans, le nouveau pilier du XV de France ne serait peut-être jamais arrivé jusqu’au niveau international.







