Montpellier à la conquête de la mêlée contre Toulouse : l’analyse de Didier Bès
À quelques jours de la grande finale du Top 14 face au Stade Toulousain, Didier Bès, entraîneur spécialisé dans la conquête au Montpellier Hérault Rugby (MHR), a livré son éclairage sur l’un des secteurs clés du match : la mêlée. Pour lui, ce domaine, pilier du succès montpelliérain, pourrait une nouvelle fois faire pencher la balance au Stade de France, même si Toulouse reste un adversaire redoutable, construit historiquement autour de sa puissance en conquête.
**La mêlée, un atout décisif pour Montpellier**
Après avoir imposé sa domination face au Stade Français en demi-finale, la mêlée du MHR s’apprête à affronter un défi d’une autre ampleur avec le Stade Toulousain. Didier Bès se dit « assez satisfait » de la prestation de ses avants, tout en soulignant la difficulté du combat à venir contre les Rouge et Noir.
« C’est assez rare en effet pour le souligner. Je pense que des deux côtés, nous étions prêts pour en découdre dans ce secteur », explique-t-il pour *La Dépêche*. Dès les premières mêlées, Montpellier a pris la température et, après quelques ajustements à la pause, a su mettre la pression sur les introductions adverses. « Vers l’heure de jeu, il y a une mêlée où on leur fait mal. Les Parisiens ne sont pas habitués à ça, car ils sont solides dans ce secteur. Mais là, c’est devenu difficile pour eux de retrouver la clé. »
**Une récompense du travail collectif**
Pour Didier Bès, voir ses joueurs appliquer ses consignes après une semaine d’entraînement est une immense source de satisfaction. « Tu te dis que tu as parlé à tes joueurs toute la semaine, tu as imaginé le scénario et dans le déroulé du match, il s’avère que c’est le bon. À la mi-temps, tu discutes brièvement avec les mecs pour avoir leur ressenti, on recentre juste un élément et derrière, c’est du bonheur, c’est jouissif (rires). La mêlée, c’est un secteur tellement difficile ! »
**Toulouse, une référence historique en conquête**
Si Montpellier a su faire de sa mêlée une arme de poids, Didier Bès rappelle que Toulouse reste un adversaire expert et redoutable dans ce secteur. « Sincèrement, tu n’es jamais assuré qu’il y ait quinze ou vingt mêlées à disputer sur un match. Pour autant, on ne va pas se dénaturer. On sait la façon de faire et d’être du Stade Toulousain. Les Toulousains savent l’importance de ce secteur de jeu et ils vont tout faire pour se mettre au niveau. Mais à Montpellier, on met un point d’honneur à travailler ce point-là. »
Il insiste sur le fait que la force toulousaine ne repose pas uniquement sur un jeu spectaculaire. « Quand le Stade a été moins bien à un moment en conquête, ça coïncidait souvent avec la fin d’une génération. Mais lorsqu’ils sont à 100 %, on en oublierait presque les formidables piliers qu’ils ont eus, les Portolano, Johnston, Hasan, etc. C’était du costaud et ils avaient leurs ballons. Il ne faut pas s’attendre à autre chose samedi. Leur pack sera à la hauteur. Ils aiment bien gagner certaines pénalités à certains endroits du terrain après mêlée, dans les couloirs de 15 m par exemple. Une pénalité sur mêlée, c’est un joker. »
**Un travail quotidien et des réglages constants**
Ancien entraîneur de la Géorgie, Didier Bès souligne la complexité permanente de ce secteur : « Oui, c’est un travail quotidien d’autant qu’au cours d’une saison tu changes de joueurs pour constituer ta première ligne ou ton pack, il faut chaque fois retrouver un équilibre entre piliers, talonneur et deuxièmes lignes. Ce sont des réglages permanents, un peu comme en Formule 1 si tu passes d’un coup d’un train de pneus secs à un train de pneus pluie. Mais en fin de saison, nous sommes plus dans l’affinage. On ne révolutionne pas sa mêlée sur une phase finale. »
La profondeur du banc montpelliérain constitue également un avantage stratégique. « Ceux qui démarrent font le travail de sape, ils débroussaillent les choses. Derrière, les finisseurs ou les remplaçants, comme vous voulez, leur apport permet de faire basculer le match comme nous l’avons vu face au Stade Français, samedi dernier. On a vu que quand le match a basculé dans ce secteur, c’est devenu compliqué pour eux. Ça fait partie de notre ADN. »
Cette concurrence saine est cultivée à l’entraînement. « Ça dépend de la manière dont tu amènes les choses. Moi, j’estime qu’à l’entraînement, on joue contre un partenaire et non pas un adversaire. Un partenaire qui est là pour te faire travailler et progresser intelligemment et non pas pour rester dans le duel bêtement. »
**Une renaissance après l’access-match contre Grenoble**
Didier Bès revient aussi sur l’impressionnante transformation du MHR depuis leur sauvetage lors de l’access-match contre Grenoble au printemps 2024. « Est-ce que cet access match a été un mal pour un bien ? Après le titre de 2022, le club arrivait en bout de cycle, il s’est un peu endormi. En fait, on est passé de tout à rien, c’est incompréhensible d’en arriver là, il y a eu un loupé dans la gestion de l’après-titre. Donc au printemps 2024, tu te sors de ce piège à Grenoble. Dès lors, il y a eu une prise de conscience, une clarification du projet également, l’équipe a été remodelée. Voilà, le club est en finale aujourd’hui. Ça arrive, il faut le prendre et le vivre à fond. »
**Vivre la finale intensément**
Présent en tant que joueur lors de la finale perdue face à Toulouse en 2011, Didier Bès transmet cette expérience à ses joueurs. « Je dis surtout aux joueurs que tout ce que l’on vit dans ces moments particuliers, il faut les vivre à fond, intensément. Et s’il y en a certains qui se disent qu’on y reviendra un jour, je leur rétorquerai qu’on n’est jamais sûr d’y revenir, c’est tellement dur… Alors je leur lance : “Vivez le truc à fond !” »
En somme, la mêlée, fer de lance du Montpellier Hérault Rugby, pourrait bien être le théâtre d’une bataille décisive face à Toulouse. Avec un travail méticuleux, une profondeur de banc et une volonté farouche, le MHR vise à imposer son rythme au Stade de France et à écrire une nouvelle page de son histoire.







